Le sceptre de la Reine des Amazones
Des doigts fins tapotent à la surface d’un accoudoir de bois avec agacement. Clitemnis, dans sa chaise d’apparat, se fait coiffer par l’une de ses servantes personnelles. La reine des Amazones ressemble à celle qui la précéda et qui l’a choisie parmi toutes les femmes de la tribu pour son émouvante beauté. Est-ce le gris de ses yeux qui arrachent des soupirs à ceux qui l’approchent, les éclats roux dans sa claire chevelure ou le délicat dessin de ses hanches qui se prolonge dans le galbe de fesses que l’on ne peine guère à deviner derrière le voile des robes ? Belle mais cruelle, telle est sa réputation. Tous les hommes de Perse et d’au-delà savent son nom, la désirent et la redoutent.
- Cela suffira, Aledra ; va préparer notre bain.
- Oui, ma reine, souffle la jeune amazone avant de s’éclipser d’un pas pressé par une petite sortie derrière la chaise de Clitemnis, sa robe légère voletant derrière elle.
Quelques secondes seulement s’écoulent avant que les draps épais qui ferment l’entrée de la tente royale ne s’ouvrent soudain sur l’extérieur. Une guerrière de haute stature, casquée et parée de son armure, s’avance dans la lumière vacillante des torches. Les six gardiennes personnelles de Clitemnis, qui font un demi-cercle autour d’elle, s’inclinent avec respect devant la nouvelle venue. Son port de tête, sa démarche assurée et la douce fermeté qui émane de son visage trahissent ses nobles origines. Son armure arachnéenne met davantage ses formes en valeur qu’elle ne la protège : même lors d’un combat, les hommes se troublent en sa présence et ne réalisent que trop tard le piège qu’est cette beauté inaccessible.
- Ma reine, notre attaque sur le village d’Ismur est un succès. Presque aucune perte à déplorer et le butin est remarquable. Parmi les onze vierges enlevées, nous avons de plus capturé la fille de l’Intendant à la tête de la communauté. J’ai pensé qu’elle pourrait trouver grâce à vos yeux.
À ces mots, une fille de vingt printemps tout au plus est poussée à l’intérieur de la tente, nue, les poings liés dans le dos. Malgré son effroi, la profondeur de son regard est un ravissement, ses cheveux tombent en volutes noires jusqu’à la naissance de ses reins et son souffle court fait se dresser doucement l’arrondi parfait de ses seins. Les sombres boucles soyeuses de son sexe ressortent sur le blond de sa peau, dorée par l’éclat des torches.
Le visage de Clitemnis ne laisse paraître aucun sentiment.
- Approche, ordonne-t-elle à la captive.
Celle-ci semble hypnotisée par l’aura de la reine. Lentement, pas à pas, elle fait les quelques mètres qui la séparent de la chaise royale. Instinctivement, sans quitter la reine des yeux, implorante, elle s’agenouille sur un tapis posé à même la terre.
Clitemnis la dévisage longuement, détaille les courbes de son corps juvénile.
- Quel est ton nom ?
- Shidni, rétorque doucement la jeune femme, tremblante.
- Shidni, tu vas désormais me servir. Tu dois renoncer à ta vie passée, à ta famille, donner ton corps et ton âme à notre clan et ne contester aucun de mes ordres. Est-ce clair ?
Peut-être Shidni est-elle trop fascinée par la beauté de Clitemnis, peut-être sa peur l’emporte-t-elle par-dessus tout, mais elle ne réfléchit guère avant d’acquiescer :
- Oui… Oui, ma reine, précise-t-elle aussitôt.
- Soit. Pour sceller ce pacte, notre tradition exige que tu embrasses mon sceptre…
Shidni a un mouvement de recul devant l’objet évocateur que lui tend la reine. Elle la regarde un instant, intimidée, puis, lentement, avec adoration, pose ses lèvres sur la tête d’ivoire du sceptre.
- Adorable Shidni.. ton initiation se fera cette nuit-même. Et je serai ta guide pour ce voyage.
13 Juin 2005 : Université de Trinity, bureau du professeur Fox, 18h10
Des doigts tapotent à la surface d’un accoudoir de bois. Claudia, la blonde secrétaire du professeur Sydney Fox au département d’Histoire, passe distraitement sa langue sur ses lèvres, appliquée à relire une lettre manuscrite qu’elle vient de finir.
Mentalement, elle reprend : « David, je suis à la merci de votre passion pour moi. Notre brève entrevue au bureau lorsque vous êtes revenus du Nicaragua en compagnie de Mlle Fox a laissé un feu grandissant dans mon ventre. Je brûle pour vous, cher explorateur des temps modernes, je ne cesse de rêver de vous, de votre corps, de vos mains sur mes reins, votre souffle sur ma nuque, votre langue… »
- …votre langue… votre langue… voyons…
Claudia suçote son stylo-plume, pensive. Comment tourner cela en finesse ? Attiser le désir sans choquer, paraître délurée et réservée. Timide et délicate dans la dépravation… pas si simple.
- …allons……votre langue… votre langue sur mes divines moiteurs. C’est décidé.
- Qu’est ce qui est décidé ? s’enquiert Sydney Fox qui vient de passer le pas de la porte.
- Oh ! heu… je… ce soir c’est mangues et tartines au beurre.
- Ah ! C’est un régime qui vaut ce qu’il vaut.. Du courrier depuis la semaine passée ?
- Heu, oui, quelques lettres administratives, une demande pour participer à un colloque sur la préservation des sites archéologiques et le paquet, là sur l’étagère.
Sydney pose son sac et de sa démarche active traverse la pièce. Lorsqu’elle ne parcourt pas la terre en quête d’aventures, ses tenues sont moins fonctionnelles : aujourd’hui un tailleur chic peine à contenir sa lourde poitrine et la jupe fendue souligne la dynamique des cuisses, ses longues jambes étirées par un talon aiguille qui accroît la cambrure naturelle des reins.
- Tiens, tiens… envoyé par M. Tali Tzakis, professeur d’Histoire ancienne à Athènes.
Son visage s’éclaire d’un intérêt soudain : ses yeux en amande se plissent légèrement avec la gravité typique de la scientifique en action. Rien de sévère pourtant dans ces pommettes hautes, à peine marquées, ce nez timide et cette fine mâchoire décidée qui encadrent la bouche charnue. C’est une beauté accomplie, fruit généreux d’un métissage entre l’Inde et l’Asie.
Le paquet contient une lettre et un objet rectangulaire, enrubanné de papier kraft et de scotch. Sydney déplie la lettre et la parcourt rapidement, derrière ses petites lunettes carrées.
- Incroyable ! Ce M. Tali Tzakis pense avoir découvert un indice indiquant le lieu de sépulture de la dernière reine des Amazones, Clitemnis.
Rapidement, elle défait les couches successives qui entourent l’objet envoyé par le professeur Tzakis. Elle découvre, comme indiqué dans le message, le moulage d’un texte gravé. L’original, retrouvé sur une stèle dans les vestiges d’un camp nomade antique est conservé dans les locaux de l’Université Emis Oussos d’Athènes.
- Le professeur Tzakis n’est parvenu à traduire qu’une partie du message de cette pierre, mais Nigel devrait pouvoir m’aider à compléter le déchiffrage. Claudia, tu as une idée de l’endroit où il se trouve ?
13 Juin 2005 : Université de Trinity, salle des fournitures, 18h21
Karen Otlips, étudiante en seconde année d’histoire ancienne, farfouille dans les rayons du bas d’une armoire, sa croupe dressée moulée dans une minijupe vaporeuse. Elle se redresse lentement, lascive, et pivote sur ses pieds. Le décolleté pigeonnant s’appuie contre le torse de Nigel Bailey, professeur et assistant de Sydney Fox.
- Je ne trouve pas, monsieur… geint la jeune fille dont les lèvres discrètement humectées luisent sous le néon.
Ses yeux verts clament une détresse excessive et, tandis que sa main droite serre l’avant-bras de Nigel, elle rajoute dans un murmure :
- Peut-être de ce côté… et elle s’accroupit devant lui. Laissez-moi chercher…
Nigel, rouge de confusion, suffoque déjà lorsque les doigts légers s’insinuent entre les boutons de son pantalon qu’ils font sauter un à un. Heureusement, une étagère est là pour le soutenir tandis qu’il vacille en arrière. Son cœur bat à tout rompre et son membre congestionné résonne de chaque frôlement provoqué par le déboutonnage de Karen.
L’étudiante découvre un caleçon à fleurs, humidifié par l’extrémité de la grosse proéminence de chair qui déforme le tissu. Elle palpe délicatement l’objet de ses recherches. Sa main épouse la bosse, la suit sur toute sa longueur et redescend avec une insupportable lenteur jusqu’à sa base. Puis elle remonte, tout aussi lentement, en un massage étudié. Les doigts accrochent le caleçon et, d’un mouvement souple, dégagent la preuve suintante que tout travail est récompensé. Ses yeux suivent avec appétit le sujet d’étude qui se redresse au rythme des battements de cœur de son propriétaire.
- Vous serez gentil avec moi, professeur ?
- Que… hein… je…
- Pour les examens ?
- ….hhh…. oui…. enfin….
- Je tiens à réussir l’oral, vous savez..
Ce disant, elle abaisse vers elle la cime frémissante que sa langue pointue vient agacer de rapides coups nerveux. Nigel se retient à l’étagère ; déboussolé, il regarde alternativement au ciel et entre ses jambes où les cours de rattrapage battent leur plein. La langue s’enroule autour de sa proie, glisse de haut en bas, palpite plus bas encore, à la naissance d’autres plaisirs, puis reprend de la hauteur. Les lèvres s’arrondissent et se mouillent à la liqueur salée lubrifiante qui suinte déjà ; la virilité de Nigel glisse mollement dans la bouche, sa peau étirée progressivement en arrière.
Karen joue de ses dons, elle n’accélère jamais son mouvement fluide. Tranquillement, avec application, elle l’enrobe de salive, de chaleur, de douceur. Ses doigts font un anneau plus serré qui contrastent délicieusement avec les allers et retours de sa bouche. Nigel ne va pas pouvoir résister plus longtemps. Et puis, résister, il ne le veut pas. Il va donner ce qu’elle désire à cette petite coquine. Ce visage si gracieux… faire de si perverses choses… ça le rend comme fou. Cette bouche… cette langue rose… c’est divin. Oui… Oui…
- Nigel ?
Nigel se pétrifie : Sydney !
- Nigel ? On m’a dit que tu étais ici.
Les pas se rapprochent rapidement. Karen, tout à ses devoirs, ne semble pas l’entendre.
- Karen… stop ! ordonne Nigel en sourdine.
L’étudiante lève vers lui des yeux interrogateurs.
- Ommphhon ?
- Stop ! Voilà mademoiselle Fox !
Il la prend par les épaules, la redresse vivement et la propulse en catastrophe vers la porte. Il tente en vain de ployer la marque palpitante de son émotion dans sa trop étroite prison.
- Nigel ? Tu es là ?
Sydney tombe nez à nez avec Karen qui lisse du bout du doigt la commissure de ses lèvres. Elles se saluent rapidement tandis que la timide étudiante s’en va à pas pressés et Sydney aperçoit enfin Nigel tassé au fond de la pièce des fournitures.
- Tu pourrais répondre !
- Dé…désolé. J’avais besoin de ça, explique-t-il en désignant d’un mouvement de menton le carton qu’il tient contre lui à mi-hauteur.
- Hum. Viens, j’ai reçu un important colis et tes connaissances épigraphiques me seront des plus utiles.
- C’est à quel sujet ?
- Clitemnis, la…
- …reine des Amazones ?
- Elle-même. Le professeur Tali Tzakis, qui enseigne à Athènes, vient de me faire parvenir la copie d’une stèle qui évoque Clitemnis, mais que nous ne parvenons pas à traduire entièrement.
14 Juin 2005 : message sur le répondeur de Tali Tzakis
« Professeur Tzakis, je suis Claudia, la secrétaire de Sydney Fox. Nous avons reçu votre paquet et je suis chargée de vous apprendre que Sydney est parvenue à déchiffrer l’ensemble des inscriptions. Ils sa… qu’est ce que ?…. Ils ont des indices précieux sur le lieu de sépulture de Clitemnis !
Ils sont en pa…David, non… Ils partent à l’heure même. Ils ont décidé… Sydney et son assistant, Nigel Bailey, de vous rejoindre sans tarder, afin de mener à bien une… une… mission archéologique dans les montagnes de… hhhhhann…
Ils descendront à l’Hôtel Moussaka Prima d’Athènes où vous pourrez les joindre dès après-demain. À bientôt, profess-haaa ! »
16 juin 2005 : Athènes, hôtel Moussaka Prima, hall d’entrée, 21h05
Sydney lève les yeux sur l’individu qui vient de les rejoindre près des fauteuils de l’accueil. D’emblée, elle apprécie la silhouette élancée, le menton décidé, la pose naturellement élégante et nonchalante. Les hommes savent se présenter en Grèce…
- Vous devez être Sydney Fox et vous Nigel Bailey, je présume ? avance l’homme d’une trentaine d’années, au physique solide, le cheveu noir et dru, en affichant un sourire irrésistible.
- C’est bien nous, acquiesce Nigel. Le professeur Tzakis vous envoie ?
- Eh bien non. Je suis le professeur Tzakis en personne.
- Enchantée, professeur, se réjouit Sydney. Prenez place et mettons en commun ce que nous savons.
- Appelez-moi Tali, je vous en prie. C’est à moi que revient l’honneur de converser avec une archéologue aussi célèbre que vous.
- Très bien, Tali. Nous avons hâte d’en savoir davantage sur vos recherches.
- Et moi de même au sujet de votre déchiffrage..
Tali pose une mallette à plat sur ses genoux et décrit par le détail ses dernières découvertes, effectuées en compagnie de son élève et assistante, Anna Billedou. Partis sur un chantier archéologique au nord de Sivas, une ville turque à l’Est de la capitale Ankara, leurs fouilles ont rapidement confirmé qu’ils se trouvaient au cœur d’un antique camp amazone.
Manifestement, le lieu avait été pillé et incendié. Aucun ossement ne fut retrouvé, mais une petite stèle indiquait que certaines Amazones étaient revenues sur place par la suite pour honorer le lieu où leur reine avait succombé.
- La fin du texte de cette stèle, que je vous ai fait parvenir, est pour moi un mystère. L’écriture n’est plus celle du royaume perse.
- La solution est plus simple que vous ne l’imaginez, explique Nigel. Clitemnis devait être d’origine hittite, et non perse. Un message lui a été spécialement adressé dans cette langue et il s’avère qu’il indique le lieu où elle est inhumée. Le long d’un fleuve, dans une région montagneuse. Ce n’est pas ce qui manque en Turquie, mais nous n’avons aucune autre précision.
- Voilà qui est remarquable ! s’exclame Tali Tzakis. Un dernier indice va peut-être nous donner la clef de l’énigme… Connaissez-vous les origines du peuple amazone ? Relativement mal ?
Sydney et Nigel reconnaissent tacitement d’un hochement de tête que leur science en ce domaine est perfectible.
Le professeur grec poursuit donc :
- La première reine, Esbiana, eut un amant unique avant de dénigrer la compagnie de tous les autres hommes et de rallier à sa cause toutes celles qui pensaient comme elles. Mais, ce que peu de gens savent, c’est qu’elle prit soin de confectionner un moulage d’une partie du corps de son époux tandis qu’il vivait encore. A sa mort, elle fit faire une sculpture unique à partir du moulage.
- Comment se nommait l’époux de la reine Esbiana ? s’enquiert Sydney.
- Olisbos, rétorque Tali, en ouvrant sa mallette. Voici la sculpture : le sceptre de la reine des Amazones.
L’objet, particulièrement bien conservé, est frappant de vérité. C’est un volumineux sexe masculin d’ivoire sur lequel sont détaillés les moindres replis de peau où les veines semblent battre encore et la chaleur irradier. Sydney et Nigel sont stupéfaits.
- Voyez-vous, poursuit Tali, chaque nouvelle Amazone, à son arrivée dans la tribu, était déflorée par ce sceptre, symbole de leur attachement à leur reine et à Olisbos, le seul mâle qu’elles connaîtraient de leur vie.
Tali tend le sceptre à Sydney. Précautionneusement, sans laisser paraître de gêne, elle le prend du bout des doigts et le fait tourner pour le détailler d’un regard qui s’efforce d’être glacialement scientifique. Nigel se délecte de la vision des mains fines courant sur le volumineux objet, sourit bêtement à Tali, étudie les expressions de Sydney à la dérobée et sursaute lorsqu’elle s’exclame :
- J’ai trouvé ! Là, le long de… du… de la hampe… cette veine n’est pas comme les autres, regardez, et quelqu’un a gravé un « c » hittite, pour “Clitemnis”, à n’en pas douter.
- Laissez-moi voir, s’enthousiasme Tali, qui constate comme elle l’aspect particulier de la veine et la discrète marque à un coin que fait celle-ci. C’est… c’est formidable. Je savais que vous trouveriez quelque chose.. mais.. mais cette veine a le profil de la rivière Yasil ! Je reconnais ces méandres ; j’ai fais de nombreuses fouilles dans cette région !
- Fabuleux ! s’emporte Nigel en même temps que les yeux de Sydney s’éclairent d’excitation.
- Nous partons au plut tôt pour Sivas, au bord de la rivière Yasil ; désolé si vous n’avez pas eu le temps de visiter Athènes.
- Ce n’est rien, Tali, le rassure Sydney, tout à la joie de leur découverte. Nous avons juste besoin d’une bonne nuit de sommeil.
- Soit. Je m’occupe de tout. Dès demain matin je vous communique l’heure du vol pour Sivas, annonce-t-il en replaçant avec précaution le sceptre dans sa mallette, enjoué comme un enfant.
16 juin 2005 : Athènes, hôtel Moussaka Prima, chambre 96, 21h53.
La douche coule à flots. Malgré la climatisation de l’hôtel, la fatigue du voyage a poussé Sydney à se délasser sous l’eau fraîche. À travers la glace floutée, on distingue à peine les tours et détours de son corps somptueux, athlétique et gracieux, aux courbes harmonieuses. On devine ses mains qui courent le long de ses hanches, enduisent de mousse ses jambes élancées lorsqu’elle se penche et remontent en petits cercles sur la pente de son dos. Plusieurs minutes durant, elle jouit du choc de l’eau presque froide sur sa peau mate qui se hérisse par endroits, se fripe en d’autres ou se gorge de sang ailleurs… Enfin, la serviette qui pend sur le rebord de la douche disparaît et, lorsque la porte s’ouvre, Sydney la porte haut, sous les bras. Lorsqu’elle marche, on devine presque la naissance de ses fesses.
Accroupie, elle cherche dans sa valise la tenue appropriée à ses tribulations du lendemain. Lorsqu’elle se relève, les bras chargés, la pression glaciale d’une lame sous sa gorge la fige sur place.
- On ne bouge plus, ma belle.
- Qui êtes vous ?
À sa voix, elle devine l’inconnu plus grand qu’elle et manifestement trop sûr de lui.
- Peu importe qui je suis, mais on dirait bien que je tiens à ma merci la redoutable Sydney Fox.
Maintenant la lame de son poignard sous le cou de Sydney, il la pousse contre un petit bureau et, collé à elle, l’oblige à se courber dessus. Sa lame est sur la nuque désormais, prête à punir toute tentative pour se libérer.
- Bien…dis-moi, ma belle, de quoi vous avez parlé avec le professeur Tzakis tout à l’heure ?
Tout en questionnant Sydney, l’individu relève d’un coup sec la serviette, de sorte que les fesses bombées s’offrent à lui dans leur troublante perfection. C’est une peau gorgée de soleil, encore un peu nimbée de gouttelettes d’eau, comme un fruit fraîchement cueilli. Certes, un vrai professionnel ne mêle jamais plaisir et travail, mais il est des cas particuliers que ne mentionnent aucun manuel.
- Nous avons parlé archéologie.
- Ha.. et… heu.. on peut savoir de quoi plus précisément ?
Sydney sent le regard qui suit la ligne partant du creux de ses reins et qui se prolonge dans la vallée de ses secrets. Docilement, pressentant les désirs de son agresseur, elle se cambre davantage.
- De l’archéologie des habitats troglodytes : les cavernes cachées, les couloirs étroits..
- Ha.. je vois.. je vois.. et..
L’agresseur écarte du pied les jambes de Sydney avec autorité, ouvrant un peu plus les cuisses, creusant les fesses. Rien n’est si bon que de dominer ces faibles femelles. Profitant de son avantage, il pose une main sur la chair dévoilée et élargit la voie ; il est prêt à découvrir ce que tous ne font qu’imaginer, juste là où le sillon se creuse un peu plus… Sa pression sur la nuque de Sydney se relâche imperceptiblement… Elle réagit en un éclair.
D’une simple ondulation du haut du corps, elle échappe à la lame sur sa nuque. Pivotant sur elle-même, son bras droit immobilise celui de son adversaire, tandis que le coude gauche s’enfonce sèchement au niveau du foie.
La serviette s’envole en tournoyant, comme au ralenti.
L’homme se plie en deux sous la douleur et n’a pas le temps d’esquiver le coup de pied qui s’écrase sur son entrejambe dans un claquement compact. Il n’est pas encore à genoux qu’une main frappe de taille la base de son cou : il s’effondre pour de bon, emportant la vision floue du corps nu de sa proie.
Sydney rattrape sa serviette juste avant qu’elle ne touche le sol.
Pendant ce temps, chambre 97
- Vous êtes américain ?
- Oui ; je suis en mission scientifique. Top secret.
- Impressionnant…
La petite femme de chambre semble sincère. Plateau en main, elle ondule vers Nigel, assis sur le bord de son lit. Elle sourit, ses cheveux blonds cendrés ramenés en chignon soulignent la finesse d’un visage exquis où se disputent candeur et malice. Lorsqu’elle se rapproche, une odeur de fraise semble émaner de sa poitrine vertigineuse. Son nom est sur le badge épinglé au niveau de son cœur : Elena.
- Où dois-je mettre votre eau gazeuse, monsieur ?
- Heu… heu…là. À coté du lit, c’est pour la nuit… j’ai souvent chaud…
- Vous dormez en pyjama ? s’inquiète la femme de chambre en déposant la bouteille aux pieds de Nigel, de sorte qu’il ne peut que constater la fragilité du soutien-gorge niché sous la tenue noire et blanche typique.
- Pardon ?
- Vous dormez en pyjama ? réitère-t-elle avec un sourire.
- Heu…beuh…non…je…
- Vous avez déjà chaud, avouez.
- Hein ? Oh…
- Allons, mon gentil Américain, laissez-vous faire. Je vais m’occuper de vous, susurre-t-elle en repoussant Nigel en arrière afin de l’allonger sur le lit.
Son plateau posé à terre, elle trousse sa jupe courte, enfourche Nigel et s’assoit sur la bosse qui tend déjà son pantalon. Cambrée, ses mains serrées sur les cuisses derrière elle, Elena enferme sous son intimité le plaisir grandissant de Nigel. Elle le scrute attentivement tandis qu’elle roule doucement des hanches, amusée par le désir exacerbé qui naît chez lui.
- Oh, mon dieu… mon dieu… s’extasie Nigel, emporté d’un amour soudain pour la Grèce, le directeur de l’hôtel et la chaleur de l’accueil pour les étrangers.
À la précision de ses sensations, il croit deviner qu’Elena ne porte rien sous sa jupe. Cette idée le transporte dans un monde de fantasmes où les seins tendus qui se balancent à portée de main ont une réalité tangible d’autant plus excitante. La femme de chambre entreprend alors de faire sauter les boutons de la chemise de Nigel, car, visiblement, il étouffe.
- M’offrirez-vous un petit pourboire, mon bel Américain ? L’aurais-je mérité ?
- Oh, mon dieu…ah…oui…oui…je sens venir un énorme pourboire, je…je…
Ses mains crochètent le postérieur de la femme de chambre et il la fait vibrer sur lui au rythme de ses propres mouvements de bassin qu’il ne peut réfréner. La maligne prend même plaisir à relever sa jupe pour qu’il sente sous ses doigts la preuve irréfutable qu’elle est diablement impudique. La salive lui manque soudain, son sexe palpite presque douloureusement, il sent qu’il va enfin se libérer, déjà les premières contractions annonciatrices de…
- Nigel !
- Sydney !??
Des coups répétés à la porte.
- Nigel, tu es là ? On vient de m’attaquer. Ouvre-moi, vite !
- Je… j’arrive ! Excusez-moi…
En moins de deux secondes il est debout, raccompagnant Elena et sa moue contrite vers la porte. Il l’ouvre sur Sydney, relativement surprise de voir sortir ce petit bout de femme aux joues rosies.
- Ha, bravo..
- Juste de l’eau gazeuse, Sydney, explique assez synthétiquement Nigel pris sous le regard pesant de sa supérieure.
Le lendemain : Aéroport d’Athènes, salle d’embarquement, 17h15
- Tali, par ici !
Le professeur Tzakis redresse la tête et reconnaît à quelques mètres le sourire vaguement benêt de Nigel. Sydney est à ses côtés ; elle porte sa tenue traditionnelle en cas d’expédition sur le terrain : body échancré, pantalon moulant et bottes en cuir. La voilà telle que les journaux scientifiques la décrivent, mais c’est autre chose de pouvoir être confronté à elle en tête-à-tête, songe le professeur Tzakis.
- Bonjour, je vous présente mon assistante et élève en archéologie, Anna Billedou, co-découvreuse du sceptre de la reine des Amazones.
Malgré ses deux expériences récentes, ou à cause d’elles, Nigel croit soudain qu’il lui suffira de lever une fois de plus les yeux sur elle pour que la tension sexuelle accumulée depuis quelques jours se libère brutalement sans qu’il ait à esquisser un mouvement.
Comment expliquer ce sentiment vertigineux en présence d’une beauté rare ? Une coupe au carré, des yeux noisette qui se confondent avec les mèches qui se balancent devant, une simple chemise blanche tendue sur une poitrine menue, une jupe qui s’ouvre sur une cuisse à la chair veloutée, un sourire…
- Bonjour Sydney, bonjour Nigel.
Une voix. Un peu éraillée, lourde de sensualité.
Tandis que Sydney converse avec le professeur en se dirigeant vers le portail d’enregistrement, Nigel se glisse auprès d’Anna.
- Nous…nous aurons beaucoup de choses à nous raconter. Je connais bien l’histoire antique, comme vous, et je cultive une passion naissante pour la Grèce. Peut-être pourrez-vous me raconter quelques légendes oubliées ou… que sais-je ?
- On m’a dit que vous avez parcouru la terre entière aux côtés de Sydney Fox.
- C’est vrai. En fait, nombre de ses succès reposent sur mon aide indéfectible et ma science du terrain.
- Vraiment ? Je la trouve fantastique, c’est un modèle pour moi.
- Oh, vous savez, les plus belles pièces se réalisent sans modèle.
- Qui a dit cela ?
- Ma foi… je crois bien que c’est moi.
- Je vois… Vous n’êtes pas sculpteur, monsieur Bailey. Sachez ne pas trop vous éloigner de votre domaine de compétence, conclut-elle en souriant.
- Je ne suis pas sûr d’avoir compris, songe-t-il, en souriant également, à tout hasard.
Devant eux, Sydney informe le professeur Tzakis des événements survenus à l’hôtel la veille.
- …et une fois mis hors d’état de nuire, j’ai fait venir Nigel pour m’aider à le ligoter et l’interroger. Il s’avère que c’est un homme de main de Stewie Harper, l’un de mes nombreux rivaux, mais… aussi quelqu’un qui me fut très proche durant un temps.
- Je comprends, assure Tali Tzakis, quelque peu troublé. En fait, j’ai envoyé le moulage du texte de la stèle à plusieurs spécialistes, dont ce Stewie Harper. Il est le seul à ne m’avoir pas répondu.
- J’imagine qu’il a déchiffré lui aussi le sens complet du message et qu’il tente désormais de nous doubler, mais il n’a pas le sceptre. Il ne peut savoir où se rendre exactement. Sa seule solution sera de nous suivre, ou de nous faire suivre.
- Nous tâcherons d’être sur nos gardes en permanence.
- Oui, à compter de maintenant, nous devons éviter de nous séparer.
- Ce sera avec plaisir…
- Plaisir partagé, professeur…
17 juin 2005 : Quelque part au-dessus de la Turquie, 19h20
À force de regarder les nuages de haut par le hublot, Anna Billedou s’est endormie. Sa tête, pour le grand bonheur de Nigel, a basculé peu après sur son épaule. Sur sa gauche, Tali est plongé dans un épais volume relié en cuir, tandis que Sydney, au bord de l’allée centrale, sommeille également. Le ronronnement des moteurs berce peu à peu Nigel. La chaleur dégagée par Anna l’enivre. Il étend la couverture qu’elle a posée sur ses genoux jusqu’à lui et se laisse entraîner par la torpeur qui le harcèle depuis plusieurs dizaines de minutes.
Combien de temps s’écoule ?
Drôle de sensation. Un chatouillement lointain, dans un rêve incertain. Pas désagréable, ceci dit. Nigel, paupières closes, se cale un peu mieux. Le chatouillement reprend et très vite devient un onctueux attouchement. Il réalise soudain. Anna a profité de son sommeil pour baisser la fermeture éclair de son pantalon et glisser une main inquisitrice à l’intérieur. En émoi, il constate en entrouvrant à peine un œil que la jeune femme est davantage tournée contre lui et que son bras droit disparaît sous la couverture. La coquine feint de dormir. Quel instant inespéré !
Les doigts jouent avec l’extrémité sensible, pressent, palpent, caressent et malaxent, pour le plus grand plaisir de Nigel. Peut-être Anna veut-elle profiter de la lumière déclinante dans l’habitacle pour lui procurer encore de plus savoureuses caresses ? Les fruits charnus, gorgés de jus, ne sont pas épargnés par la main frivole. L’audace d’un doigt qui furète plus bas encore fait presque sursauter Nigel. La Grèce réserve bien des plaisirs…
Il vérifie en tournant la tête sur sa gauche que nul ne les épie. Il tombe devant le sourire étrange du professeur Tzakis. Celui-ci souffle :
- Encore ?
- … Pardon ?
Bouche bée, Nigel remarque alors le bras du professeur sous la couverture et les mouvements saccadés qui le trahissent.
Il n’a qu’un réflexe : il attrape la main flatteuse avant de créer un antécédent orgasmique homosexuel dans sa vie amoureuse et s’écrie en chuchotant (exercice par ailleurs fort périlleux) :
- Stop !
- Homme.. excusez-moi, je croyais..
- Oui, hé bien, non.
Tali Tzakis retire son bras et sur un sourire gêné pivote vers Sydney endormie.
- C’est ça, songe Nigel, essaye seulement de la frôler ; j’aurais plaisir à entendre tes phalanges se fissurer une à une lorsqu’elle t’aura pris sur le fait..
Écarlate de honte, il tente tant bien que mal de ranger discrètement la prodigieuse érection qui le taraude en se demandant si au moins l’une de ses expéditions avec Sydney ne passera pas par tous les clichés locaux. Ses gestes réveillent presque Anna qui choisit pour le coup de se tourner côté hublot.
Tout de même… c’est un voyage professionnel oui ou non ? Ce n’est pas que Tali Tzakis soit laid, ça non… mais là n’est pas le problème et Nigel a connu au cours de ses études des colocataires tout aussi polissons. Mais c’est du passé et lorsqu’on voyage entre Anna Billedou et Sydney Fox, on a mieux à trouver qu’une main masculine. Ou alors autant le faire soi-même, mais Nigel a un fond d’amour-propre dans ce domaine. Il est convaincu qu’il parviendra avant la fin de cette aventure à avoir une véritable jouissance digne de ce nom avec une femme.
La dernière heure de vol accompagne de sa monotonie les sombres réflexions de Nigel. Au moment de descendre sur le tarmac de l’aéroport de Sivas, il évite de croiser le regard de Tali et se rapproche de Sydney. Ils évoquent brièvement Claudia, espérant que le calme plane sur l’Université.
- Elle est rapidement dépassée par les événements, c’est un fait, affirme Nigel.
- Oui.. J’espère que tout se passe pour le mieux et qu’elle parvient à gérer l’afflux de travail à cette période de l’année. C’est une enfant ; il faut qu’elle apprenne à…
Au même instant : Université de Trinity, bureau du professeur Fox.
- … avoir les choses bien en main, s’exclame David, assis à la place de Claudia.
Cette dernière, accoudée sur le bureau, culotte aux genoux, a sa jupe troussée sur les hanches. David tient fermement écartés devant lui les hémisphères de ses fesses nues.
-
