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Histoire Coquines - En bout de piste

Ecrit par petitlapinou publié le 5/01/2008 à 15:24

Résumé des épisodes précédents

Miko a renoncé au jeu de piste, mais Ninaa lui propose de prendre sa place pour une nouvelle étape. Miko comprend que Ninaa est tenue par des engagements contractuels, sans se douter de la vérité. Installée dans la régie de production, le principal assistant de Ninaa lui révèle cette vérité : Yoko, son ancienne amie, était l’instigatrice de la terrible dernière épreuve faite par Miko, épreuve qui avait provoqué son abandon de la poursuite du jeu.
Ninaa se présente devant Yoko, et la soumet à une douche dorée. L’épreuve tourne rapidement à une lutte entre les deux filles lorsque Yoko réalise que c’est Ninaa – et non Miko, comme prévu – qui s’est présentée. Miko comprend alors toute l’ambiguïté de sa relation passée avec Yoko : lesbienne, celle-ci a toujours voulu la posséder, mais le tempérament très indépendant de son amie l’a toujours empêché d’atteindre son but. Par dépit amoureux, Yoko avait voulu l’humilier, la détruire, par cette épreuve qui aurait dû durer trois jours. Sachant que ce n’est pas Miko mais Ninaa qui se présente à elle, Yoko tente de la dominer. Mais à ce jeu Ninaa, lesbienne également, plus aguerrie que Yoko, triomphe rapidement.
On avertit Miko que son père vient d’entrer en salle d’opération. Elle rejoint l’hôpital où elle retrouve sa mère et sa tante. Celle-ci lui remet une lettre retrouvée dans les affaires de son oncle, lettre dont la lecture bouleverse Miko.


Miko était heureuse, sans parvenir à apprécier vraiment ce bonheur. Certes, l’opération de son père avait été un plein succès. Mais cette lettre, qui surgissait soudainement de son passé après avoir été enfouie pendant tant d’années, les souvenirs et les plaies que son contenu ouvrait à nouveau, tout cela l’empêchait de s’abandonner au bonheur de savoir son père enfin tiré d’affaire, sur la voie de la guérison au prix d’une période de convalescence et de rééducation.
En quittant l’hôpital après l’opération, Miko avait raccompagné sa mère et sa tante à la maison familiale. Elle remarqua avec amusement que les sœurs jumelles avaient décidé de vivre à nouveau ensemble et de retrouver leur complicité d’antan. Comme Ninaa ne donnait pas signe de vie et qu’elle ne voulait pas laisser sa tristesse ternir l’euphorie familiale, elle décida de regagner seule son hôtel.
Après une nuit passablement agitée, allongée sur son lit, elle se repassait le film de son passé, cherchant une réponse à une question qui l’obsédait : comment la situation avait-elle pu évoluer ainsi, comment un tel gâchis était-il finalement devenu possible ? Elle revoyait les évènements qui avaient suivi l’agression violente devant l’ambassade du Japon et son « exhibition » involontaire en pleine rue.
Après ce fameux jour, une tendre amitié était née entre le héros blessé et sa fée salvatrice. Miko et Antoine s’étaient revus le plus souvent possible, ce « plus souvent possible » se limitant, par ukase avunculaire, aux mercredis après-midi à la piscine, samedis au centre commercial et dimanches matins. Hélas, jamais le jeune couple n’était seul. L’oncle de Miko avait chargé un cerbère de chaperonner la jeune fille « rebelle » dans toutes ses activités extrascolaires.
Mademoiselle Élisabeth, ou la « Dame Blanche » comme l’appelaient les amoureux, était une femme d’une cinquantaine d’années, célibataire, avec un cœur de glace qui ne fondait que lorsqu’on lui parlait de chocolat – d’où son surnom.
La Dame Blanche arrivait tous les mercredis à 14 heures précises pour accompagner Miko à la piscine. Craignant l’eau qui aurait nui à sa coiffure, elle s’asseyait à une table de la cafétéria et, tout en sirotant son chocolat chaud, elle ne perdait pas de vue l’adolescente qui tirait ses longueurs de bassin. Une fois, Miko se rapprocha d’Antoine et discuta un peu. Les bruits sur la vitre de la cafétéria avaient réussi à surmonter et faire cesser le vacarme habituel dans ce lieu fréquenté. Miko en avait rougi de honte d’être ainsi sermonnée devant tout le monde, pour avoir osé simplement discuter avec un copain.
Le samedi après-midi, Miko avait l’autorisation d’aller faire des achats au centre commercial. À 15 heures tapantes, la Dame Blanche arrivait, harnachée de son inévitable cabas en plastique et munie d’une liste des courses à faire. Il était totalement hors de question d’apporter la moindre modification à l’inventaire des magasins inscrits sur ce fameux papier. Vers 17 heures, Miko arrivait toutefois assez facilement à amadouer la Dame Blanche – état de manque, sans doute… – et à lui faire accepter un arrêt à la terrasse d’un café pour prendre un… chocolat chaud. Là, par le plus grand des hasards, cela va sans dire, Antoine les attendait…
La première fois que l’accompagnatrice vit le jeune homme, elle voulut se fâcher. Mais le garçon avait anticipé la réaction de la harpie, et s’était muni au préalable d’un ballotin portant une signature célèbre dans le monde du chocolat… qui attira immédiatement l’attention de la gorgone. Cette inconditionnelle de la fève gourmande accepta le présent après une opposition de pure forme, baroud d’honneur tout juste destiné à sauver la face. Dès lors, Antoine fut toléré à l’heure de leur pause, et s’il prenait la peine de s’approvisionner auparavant en délicieux bonbons de chocolat, la duègne l’autorisait à s’asseoir durant toutes les vingt-cinq minutes qui lui étaient nécessaires – ou qui lui suffisaient, question de point de vue… – pour boire son chocolat et faire un sort au contenu de la boîte.
Pendant ce temps volé, fenêtre ensoleillée sur leurs solitudes, Miko et Antoine étaient aux anges. Il était bien sûr hors de question qu’ils se touchent ni même ne s’effleurent, et cela était bien le cas… au-dessus de la table. Parce qu’en-dessous, les pieds de Miko étaient toujours sur ceux d’Antoine. Le Japon était leur principal sujet de conversation, non seulement parce qu’il était bien innocent et « convenable » aux yeux du cerbère, mais aussi parce que, depuis fort longtemps, Antoine admirait sincèrement ce pays et sa culture ancestrale. C’était d’ailleurs parce qu’il se rendait à l’ambassade du Japon dans le but d’obtenir des informations sur la possibilité d’un stage au Pays du Soleil Levant qu’il avait été témoin de l’agression et blessé au cours de celle-ci. Il promit à Miko que, dès qu’il en aurait les moyens, il irait dans ce pays, et qu’il se ferait un point d’honneur de l’amener avec lui.
Le dimanche était réservé à une promenade dans le bois. Lorsque le temps ne se prêtait pas à cette activité, les deux dames ne restaient pas « chocolats » et se retrouvaient bien vite dans un petit café, attablées devant une tasse du breuvage préféré du chaperon. Et, bis repetita placent, Antoine avait réussi à amadouer la cicérone, avec cette fois un sachet de petits pains au chocolat.
Si le temps était beau, Miko avait l’immense joie de pouvoir marcher quelques pas en avant du cerbère avec son ami. Elle pouvait même lui donner la main, discrètement. Petit à petit, Miko apprit à aimer ce garçon simple, enthousiaste et gentil, qui était de plus d’une patience d’ange : quel garçon n’aurait pas fui cette fille intouchable !
C’est lors de ces promenades, lorsqu’ils étaient un peu éloignés de la surveillante, que Miko et Antoine pouvaient réellement échanger les mots tendres, les doux aveux et les folles promesses que s’échangent tous les amoureux. C’est aussi lors d’une de ces promenades qu’ils avaient élaboré le plan qui leur permettrait, pour une fois, de déjouer la surveillance impitoyable de la Dame Blanche.
Un mercredi, après la séance de natation, Miko avait rejoint son vestiaire. Comme convenu, Antoine s’y trouvait déjà. Ce fut un moment torride. Ils échangèrent un long et tendre baiser, pendant que leurs mains partaient à la découverte du corps de l’être aimé. Toujours vêtus de leur maillot, les deux amoureux en vinrent rapidement à une exploration plus intime. Miko sentait bien qu’Antoine était très attiré par elle, mais n’ayant aucune protection, ils avaient convenu de limiter leurs ardeurs. Antoine comprenait d’ailleurs très bien le point de vue de Miko et le partageait, mais malheureusement pour lui, sa fougue juvénile, la proximité de l’être aimé, l’excitation du moment… toutes ces choses – et un gland dépassant l’élastique sous l’effet d’une croissance vigoureuse, aussi soudaine qu’incontrôlable – l’avaient amené très – trop – rapidement à un point de non-retour… Un liquide chaud s’étala rapidement sur le tissu des maillots, tache blanche sur le sombre du lycra.
Honteux, se sentant coupable de cet abandon précoce, le garçon disparut rapidement. Miko voulut le rattraper… et se retrouva nez à nez avec la Dame Blanche, qui venait voir pourquoi sa protégée mettait tant de temps à la rejoindre.
La réprimande fut d’autant plus forte que la trace blanche sur le maillot de Miko était plus qu’accusatrice et laissait la porte ouverte aux suppositions les plus extrêmes, dont aucune ne trouvait grâce aux yeux de la duègne. Antoine était devenu, dans l’instant même, persona non grata.
De ce jour, le jeune homme ne lui avait plus jamais donné le moindre signe de vie. Plus rien, aucune nouvelle, pendant des mois, des années…
Et maintenant, cette lettre.
Sur l’enveloppe, simplement « Miko ».
La lettre en elle-même n’était pas bien longue. Miko la relut pour la centième fois.

Ma tendre Miko,
En ce grand jour pour toi, jour de ta remise de diplôme, et maintenant que tu es majeure, j’ai la très grande joie de t’annoncer que je peux enfin tenir ma promesse.
Fini le temps où l’on devait avoir l’autorisation de la Dame Blanche pour se parler. Finies les années sans vacances. Finie ta mélancolie lorsque tu évoquais ton pays.
Ce soir, à 18 heures, notre avion décolle pour Tokyo. Je t’attends à l’aéroport !
Antoine qui t’aime.

Miko éclata une nouvelle fois en sanglots. À la place de cette lettre, elle avait reçu de la Dame Blanche les clés d’un studio pour pouvoir se loger après l’internat.
Elle imagina le jeune homme, des années plus tôt, attendant la venue de son amie. Elle le voyait s’inquiéter lors du dernier appel. Elle sentait sa peine, son regret, puis son amertume et finalement sa douleur, lors de ce très long voyage à côté d’un siège vide… Antoine l’aimait, passionnément. Il avait attendu qu’elle soit majeure avant de reprendre contact. Lui avait tenu sa promesse, et elle l’avait humilié profondément par son absence !
Une série de coups sur la porte lui fit cesser ses lamentations. C’est une Ninaa pétulante et pleine d’énergie qui entra en trombe dans la pièce, suivie d’une geisha qui s’avançait lentement, à petits pas, selon la seule démarche possible en tenue traditionnelle.

  • — Salut, petite sœur ! Comment trouves-tu ta copine Yoko ? Superbe, non ?

Yoko, de toute évidence, se sentit humiliée par cette présentation quelque peu cavalière, et se contenta de saluer poliment. Miko avait de la peine à croire ce qu’elle voyait : cette fille, vêtue dans la plus pure tradition de ces dames de compagnie raffinées, maîtrisant tous les arts traditionnels du Japon, était Yoko, la rebelle, celle qui avait rejeté sans hésitation toute référence à son passé et à sa culture ? L’amour, décidément, pouvait faire des miracles, pensa-t-elle ! Et cette pensée lui rappela instantanément que l’amour, pour Antoine et elle, avait bien raté sa cible, en matière de miracle. Elle refondit en larmes.

  • — Eh bien ! Tu regrettes la Yoko d’avant ? demanda Ninaa.
  • — Non, pas du tout ! Ce n’est pas ça, répondit Miko. Ma tante m’a remis cette lettre, qu’elle vient de retrouver dans les affaires de mon oncle.

Elle tendit la lettre à Ninaa qui s’en saisit et la lut rapidement, avant de pâlir brusquement au point d’en avoir le visage aussi blême que celui de Yoko, pourtant maquillé dans la plus pure tradition.

  • — Tu veux dire que tu n’as jamais reçu cette lettre ? Qui a pu te faire cette horrible chose ?
  • — Mon oncle, très certainement, avec la complicité de ma gardienne, répondit Miko.

Ninaa était visiblement troublée, et semblait ne plus savoir quoi dire, ni comment aborder sa sœur. Cela surprit Miko, pourquoi cet incident semblait-il déstabiliser Ninaa au point qu’elle n’ait plus de mots pour la consoler ? Mais Ninaa et elle ne se connaissaient finalement que depuis très peu de temps, et sa sœur, ignorant tout de son histoire avec Antoine, hésitait probablement sur l’importance qu’elle avait eue sur elle et sur l’attitude qu’elle devait adopter. Miko rompit cet instant d’incertitude en tendant la main à Ninaa.

  • — Et toi, tu es venue pourquoi ?
  • — En premier lieu pour fêter la guérison de notre père. Mais aussi pour te remettre ceci.

Ninaa tendit le sac fuchsia qu’elle tenait. Miko comprit immédiatement ce que cela voulait dire. Elle lui fit un sourire complice. Après tout, pourquoi pas ? Que les affaires reprennent ! Le sac contenait ses fidèles cuissardes et une robe fuchsia très courte, en latex. Pendant que Miko s’habillait, elle reconnut dans le regard de Yoko celui de la mauvaise amie qu’elle avait été, celle qui se délectait par avance de la souffrance et de l’humiliation d’autrui. Miko résolut de ne pas se laisser dominer, et répliqua immédiatement à cette agression.

  • — Et toi, tu ne devrais pas être en train de t’exhiber dans une salle de bondage ?

Yoko abaissa immédiatement son regard et, malgré la couche de maquillage blanc, le rose qui colora ses joues fut visible. Le trait avait fait mouche.

  • — Tu parles ! ironisa Ninaa. Dix-sept minutes, qu’elle a tenu, pas une de plus ! Dès qu’elle a joui, elle s’est mise à pleurer comme une madeleine, qu’elle n’en pouvait plus, que c’était insupportable, inhumain, et j’en passe…

À l’annonce de sa performance et de ses réactions, Yoko se courba en marmonnant mezzo-voce :

  • — Excuse-moi, Miko, de t’avoir fait tant de mal. Je n’imaginais pas…

Miko, vêtue de fuchsia, s’approcha de son amie et lui donna un léger baiser sur ses lèvres peintes.

  • — Rattrape-toi en faisant le bonheur de ma sœur !

Ensuite elle interrogea Ninaa.

  • — Je suis prête ! Que dois-je faire ?

Ninaa expliqua à Miko qu’une petite voiture et son chauffeur l’attendaient au sous-sol pour l’emmener sur le lieu de la nouvelle épreuve. Miko salua les deux filles et sortit. Elle remarqua en refermant la porte que Ninaa se précipitait sur son téléphone. Probablement pour annoncer son départ à l’équipe chargée de la suivre.
La fraîcheur du sous-sol s’insinuait entre ses jambes. Son sexe nu gonfla très vite d’excitation. Après tout, se dit-elle, c’était une superbe idée que cette épreuve, en cette journée précisément. Elle allait au moins pouvoir se changer les idées.
Un jeune homme salua l’arrivée de Miko et lui ouvrit la portière d’une petite voiture urbaine à deux places. Assise, la robe de Miko était si courte que le bord de son intimité était visible. La bosse sur le pantalon de son chauffeur indiquait clairement que celui-ci ne réussissait pas à rester indifférent à la vision offerte. Après une rapide balade entre les files de voitures, l’homme s’arrêta près d’un croisement et ouvrit la boîte à gants, dans laquelle il prit une paire de lunettes de soleil assortie à la tenue.

  • — Mets ces lunettes. La rue piétonne qui est devant nous traverse tout le quartier. En la parcourant, tu y trouveras neuf objets fuchsia. Je t’attendrai sur la petite place, à l’autre bout de la rue. Ramène-les moi tous !

Miko salua son chauffeur et sortit.
La rue n’était pas encore très fréquentée à cette heure matinale. Si sa tenue ne passait pas inaperçue, ses concitoyens, une fois de plus, l’étonnèrent par leur discrétion : ils faisaient tout simplement semblant de l’ignorer, et elle se sentait plus transparente encore que si elle avait été vêtue d’une cape d’invisibilité. Un touriste prit néanmoins une photo, pensant sans doute assister à une manifestation du folklore local. Miko le regarda fixement à travers ses lunettes. Il lui sourit. Voyant que Miko restait de glace, il fut gêné et poursuivit son chemin en cachant son appareil.
À chaque pas, la jupe remontait un peu. Miko devait faire attention à ce que ses fesses ne soient pas trop à l’air, et tirait régulièrement sur le bord de sa robe. Une vitrine lui renvoya son image. Elle sourit. Dans le reflet, elle aperçut un objet fuchsia. Elle se retourna et se dirigea vers le bac de plantes placé de l’autre côté de la rue. Une balle de golf y était posée. Rapidement, elle l’emporta. Et d’un !
Elle se promenait en observant désormais attentivement chaque élément de mobilier urbain. Sur un banc, juste coincée entre deux lattes, elle trouva une bille de la couleur voulue. Et de deux !
Le troisième objet, une nouvelle balle de golf, était tout simplement déposé sur le pas de la porte d’un magasin. En s’abaissant pour la prendre, Miko sentit sa robe remonter jusqu’à la ceinture. Elle la redescendit rapidement tout en se relevant.
Miko se dit que les concepteurs de l’équipe de Ninaa devaient avoir passé un contrat avec le diable en personne : leurs jeux étaient démoniaques, et demandaient en permanence à leur « victime » de devoir choisir entre des situations inconciliables et toutes aussi inconfortables les unes que les autres. Avec seulement en mains ce qu’elle avait trouvé – deux balles de golf et une bille – Miko rencontrait déjà de plus en plus de difficultés pour maintenir cette satané robe en place. Comment diable allait-elle faire lorsqu’elle devrait porter les neuf objets ? Évidemment, il n’y avait pas de poche. Elle supposa également qu’il était inutile qu’elle essaie d’entrer dans un magasin pour y demander un sac et y placer les objets. Trop facile, trop simple, les arbitres interviendraient certainement dans l’instant pour le lui interdire ! Alors ?
Deux possibilités, bien sûr, toutes les deux « problématiques ». La première consistait à jouer à la paysanne et à mettre sa cueillette, comme font les petites filles avec les pommes du jardin, dans le bas de leur robe tenue devant elles. Mais la très petite quantité de tissu disponible de la ceinture à l’ourlet du bas rendait cette solution très… indiscrète.
Non, l’autre solution était de toute évidence… la plus logique.

—oooOooo—

Miko, les mains libres, cherchait les autres sphères. Elle trouva la quatrième rapidement : une bille, posée en équilibre sur le rideau d’un magasin fermé pour rénovation.

La petite… dans le petit trou !
D’un coup de pouce rapide, Miko envoya dans son postérieur la petite bille rejoindre sa copine. Les deux balles de golf avaient quant à elles trouvé leur place en un endroit tout préparé par « Sa Rondeur ». Logique !
Deux nouvelles balles de golf se trouvaient l’une à côté de l’autre dans un faux nid posé au pied d’une statue. Miko rit en glissant sa collecte dans son intimité, mais son sourire se crispa dès que la dernière balle fut insérée en place. Un drôle d’évènement se passait dans ses profondeurs intimes. Cela bougeait, comme si les balles ne cessaient de s’attirer et de se repousser l’une l’autre. Une d’entre elles, « éjectée » par ses copines, se pointa même à la sortie. D’un geste, Miko remit la rebelle à sa place.
Mais tout tournait, dedans comme dehors ! À chaque pas, les quatre balles changeaient brutalement de place, comme si une violente discussion les agitait. Miko comprit en trouvant la cinquième, cette fois-ci collée à un lampadaire : ces satanées balles de golf étaient aimantées ! Selon la position des pôles de l’aimant que chacune contenait, elles s’attiraient ou se repoussaient, obéissant aveuglément aux lois de la physique, indifférentes à l’effet que leur magnétisme provoquait sur le physique de leur hôtesse !
C’est avec beaucoup de difficulté qu’elle mit en place la nouvelle venue. Sa « poche » était souple mais pas souple à ce point ! Et elle appréhendait pleinement à présent ce que voulait dire l’expression « se bousculer au portillon »…
Deux problèmes se posèrent en même temps : une vague de chaleur l’envahissait, résultat bien compréhensible de la partie de bowling magnétique à laquelle se livraient les balles dans son intimité, et la fin de la rue était déjà visible.
Miko se dirigea vers un banc, le dernier de la rue, à petits pas, pour remuer le moins possible le « sac de billes » infernal qui occupait son bas-ventre, se demandant à chaque seconde si elle allait réussir à l’atteindre. Des vibrations secouèrent tout son corps au moment même où elle posa enfin sa main sur le dossier. Elle n’osait regarder les passants. Il était impératif qu’elle puisse s’asseoir, pour éviter la décontraction de son vagin et la brutale cascade de balles qui en serait la conséquence… sans compter qu’il lui faudrait aller les rechercher une à une, par terre. Rapidement, elle fit le tour du banc, s’assit et laissa la vague la submerger. Un liquide corporel, abondant comme à son habitude, s’échappa le long de sa jambe et glissa sur ses deux cuisses pour se perdre dans les cuissardes.
Son souffle était encore rapide mais se calmait petit à petit. Elle observa autour d’elle. Personne ne faisait attention à elle, c’était déjà ça. Elle voyait à quelques mètres à peine la voiture qui l’attendait mais elle savait bien qu’elle n’aurait pas droit de se précipiter dans ce refuge avant d’avoir retrouvé les deux objets manquants. Diabolique, décidément, ce concept de jeu…
Elle prit le temps de laisser la vague passer avant de se relever et de faire demi-tour. Plus attentive que jamais, elle chercha les objets oubliés. Heureusement, elle trouva très vite une nouvelle petite bille, dans un bac de plantes. Elle l’introduisit rapidement dans son anus. Mais les efforts et les mouvements qu’elle venait de faire produisirent les mêmes effets : une nouvelle vague arrivait. Pas de banc à l’horizon cette fois. Prendre un appui. Le réverbère, là, fera l’affaire. Ne pas trop bouger, rester le plus discrète possible. Ça y est, ça vient… ça passe.
Elle avait à peine retrouvé son souffle lorsqu’elle remarqua deux assistantes de Ninaa qui s’approchaient d’elle. Que se passait-il ? Un problème ? Un danger qui lui aurait échappé ? Mais tout semblait calme alentour.

  • — Rassurez-vous, il n’y a pas de danger, annonça la fille qui avait correctement interprété son regard interrogateur, mais il est temps que vous regagniez la voiture.
  • — Mais je n’ai pas trouvé la dernière balle, protesta Miko.
  • — Ce n’est pas grave. Une autre épreuve vous attend, et il ne faut pas que vous y soyez en retard.

Miko, surprise, suivit le plus rapidement qu’elle le pût les deux gardiennes de l’épreuve. À peine assise dans la voiture, une troisième vague l’envahit. Son chauffeur avait démarré et ne lui prêtait plus la moindre attention. Il semblait conduire comme si une armée de mauvais esprits les poursuivait. Il traversa une bonne partie de la ville à une vitesse – et avec une maestria – à rendre jaloux tous les chauffeurs de taxi de la création, pour s’arrêter devant un magasin de vêtements de luxe.

  • — Descends, on t’attend !

Miko entra dans le magasin pour tomber nez à nez avec une cliente qui la regardait, médusée et horrifiée par un spectacle très inhabituel en ce lieu. Sans se soucier de sa cliente, la vendeuse qui l’aidait jusque là à choisir une robe d’été se précipita vers l’arrivante pour l’inviter à rejoindre la salle d’essayage privée. Une fois la porte refermée, deux filles entourèrent Miko.

  • — Déshabillez-vous, ordonna la plus jeune.

Miko obtempéra. Elle retira ses cuissardes, puis sa robe. Elle n’avait pas encore passé celle-ci par-dessus sa tête qu’elle sentait un liquide chaud couler sur son entrejambe. Lorsque la robe fut otée, elle remarqua qu’une des deux filles était en train de la savonner abondamment.
L’autre fille présenta un gobelet à son anus, et lui demanda de sortir les billes. Miko ne put que constater que l’équipe de production avait encore une fois parfaitement suivi tous ses mouvements et savait très exactement ce qu’il fallait faire pour la débarrasser de sa « récolte »… Un peu gênée tout de même, elle poussa les petites boules hors d’elle. Celles-ci firent du bruit, Miko compta les impacts… le compte y était.

  • — Dépêchez-vous de sortir les balles, ordonna la fille au gobelet.

Miko passa un doigt dans son intimité, à laquelle le savon avait apporté un complément appréciable de lubrification, et fit tomber à même le sol le chapelet d’intruses. La fille qui avait commencé à la savonner reprit de plus belle son nettoyage, et effaça rapidement toute trace de ses jouissances « balle-de-golfiques », de son intimité à ses jambes.

  • — Va chercher la tenue, vite ! Elle va être en retard, ordonna la fille plus âgée qui l’essuyait avec une grande serviette.

Voir les assistantes de l’équipe de production s’activer ainsi autour de celle qui était quand même le personnage principal n’avait rien d’étonnant en soi. Ce que Miko trouvait soudainement surprenant était que toute cette séquence semblait précipitée, improvisée, bien loin de la rigueur dont l’organisation sans faille de Ninaa avait fait preuve depuis le début du jeu. Que se passait-il ? Mais le retour de la fille interrompit le cours des pensées de Miko. L’assistante était allée chercher un splendide kimono blanc, un merveilleux vêtement de cérémonie, dont Miko n’osait même pas imaginer le prix. Qu’est-ce que c’était donc que cette nouvelle épreuve ?

  • — Oh, il est magnifique ! Je vais devoir mettre cette merveille pour une épreuve ? demanda-t-elle.
  • — Pas pour une épreuve, annonça l’habilleuse. Pour un rendez-vous. Vous avez un rendez-vous très important.

Miko trembla et faillit s’effondrer à cette annonce. La fin du Jeu ! Elle allait se retrouver face à face avec Vincent… Même si Ninaa n’avait pas voulu le lui dire, elle ne voyait personne d’autre, assez épris d’elle pour chercher à forcer son amour en montant une machination aussi complexe et alambiquée. Elle comprit en un éclair : Vincent avait deviné que ses tentatives pour la ramener à lui avaient échoué. Il tentait donc de l’éblouir, de l’écraser par sa magnificence avec ce splendide vêtement de grand luxe.

C’est bien le style du personnage, ça !

  • — Et si je refuse d’y aller ? demanda-t-elle.
  • — Miko-san, ne décidez rien sous l’émotion. Votre sœur vous attend dans la limousine. Nous savons qu’il s’est passé quelque chose qui a provoqué l’interruption du jeu en cours, mais nous ne savons pas quoi. Seule Ninaa-kaicho pourra vous le dire. Alors, si j’étais vous, j’irais au moins jusque là pour l’entendre. Et puis, vous n’avez pas fait tout ce chemin, subi toutes ces épreuves, pour refuser d’ouvrir la dernière porte, de franchir la dernière marche !

Miko approuva presque instinctivement. L’assistante savait visiblement que faire appel à sa curiosité était le meilleur argument à lui opposer. Mais ce qu’elle lui avait dit était censé : elle allait donc attendre les explications de Ninaa, et ensuite elle aviserait. Personne, absolument personne, ne l’obligerait de toute façon à s’incliner devant Vincent, cette incarnation parfaite de l’égoïsme, de la vanité et de la goujaterie.
Elle eut à peine le temps de se voir dans un miroir qu’on l’obligea à s’asseoir. La tenue était entièrement en soie naturelle blanche et brillante, et une obi rose, presque fuchsia, marquait la taille. On savait quelles étaient ses préférences, et on la chaussa d’escarpins magnifiques, et non pas des sandales traditionnelles japonaises. Malheureusement, elle ne put les voir longtemps, la jeune assistante disposa rapidement les pans de son kimono autour d’elle.
Une maquilleuse sortit de nulle part et travailla vite et bien. Le résultat était époustouflant. Miko avait de la peine à se reconnaître. Pendant que la maquilleuse opérait, ses cheveux avaient été soigneusement brossés et coiffés en chignon. Elle était fin prête.
La première vendeuse entra annoncer l’arrivée de la voiture, pendant que Miko admirait sa métamorphose. Avec l’aide de ses habilleuses, elle monta dans la limousine dans laquelle l’attendait Ninaa, vêtue comme elle d’un kimono traditionnel, de couleur bleu pâle, moins somptueux que le sien mais néanmoins de toute beauté, lui aussi.
La voiture était calme, silencieuse, un havre de paix après la frénésie des dernières minutes. Miko ferma les yeux et laissa le silence l’envahir pendant quelques instants. Elle sentait le regard de Ninaa sur elle, mais sa sœur semblait comprendre instinctivement son besoin de silence et de calme, et ne le troubla pas.
Toujours les yeux fermés, Miko faisait le point. Un rendez-vous. Qui allait-elle rencontrer ? De toute évidence, le maître du jeu ! Qui d’autre aurait pu arrêter ainsi, sans raison, une épreuve en cours ? Autre évidence : ce rendez-vous marquerait la fin du jeu de piste… Les mystères allaient être révélés. Enfin…
Une dernière fois, Miko se posa la question : qui pouvait-il être, ce maître du jeu ? Et une nouvelle fois, une seule réponse lui vint à l’esprit. Son oncle ayant été éliminé, une seule et unique possibilité demeurait : Vincent, Vincent et encore Vincent, une fois de plus !
Elle avait envie de pleurer. Elle pensa à son père guéri, à sa sœur découverte, à sa mère et sa tante réunies… Que de chemin parcouru depuis ce bout de papier fuchsia ramassé sur le banc d’un arrêt de bus ! L’homme qui l’attendait devait être persuadé que, compte tenu de tous ces « miracles » accomplis de son fait, elle allait lui sauter dans les bras, éperdue de reconnaissance…
Mais c’était hors de question. Miko pouvait douter parfois, mais elle n’était pas une girouette : elle savait que jamais, sous aucun prétexte, elle ne reviendrait vers Vincent. Mais qu’est-ce que Ninaa allait bien pouvoir lui opposer comme arguments pour la convaincre ?
Les battements de son cœur s’étaient calmés. Elle se tourna vers Ninaa et l’interrogea du regard, sans un mot. Ninaa prit la main de sa sœur entre les siennes et commença à parler.

  • — C’est la fin, Miko. C’est la dernière étape. Tu es arrivée au bout de la piste, et tu as gagné ce qui paraissait impossible au départ, et qui n’aurait pas dû se produire : le droit de savoir. Le maître du jeu a décidé de te révéler qui il est, alors qu’il avait prévu que tu renonces au cours du jeu et que tu ne connaisses jamais la vérité.
  • — Mais pourquoi ? Pourquoi avoir monté quelque chose d’aussi compliqué ?
  • — C’est assez simple, en réalité. Il a organisé ce jeu pour se moquer de toi, se venger du fait que tu l’aies quitté, parce qu’il a cru, lui aussi, que tu t’étais moqué de lui, que tu l’avais rejeté…
  • — Mais c’est lui au contraire qui n’a tenu aucune de ses promesses !
  • — Calme-toi, interrompit Ninaa. Effectivement, il le reconnaît. Il constate aussi que ton courage et ta volonté sont beaucoup plus forts qu’il ne l’avait pensé. Et maintenant, après les derniers événements, il a honte. Honte de ce qu’il t’a fait subir, des épreuves qu’il t’a obligé à endurer. Il a honte, et peur de se présenter devant toi.
  • — C’est facile de dire ça, maintenant ! Il aurait dû y penser quand nous étions ensemble, au lieu de se comporter comme si j’étais sa chose !
  • — Miko, ma Miko, ne t’emporte pas. Écoute-le, une dernière fois. Il est venu ici, aujourd’hui, pour implorer ton pardon. Il savait que ce serait difficile, c’est pourquoi il m’a demandé de te supplier pour lui, pour que tu acceptes qu’il te pose une dernière question, même s’il redoute ta réponse.
  • — J’imagine laquelle, de question, avec ce kimono blanc de mariage ! Et la réponse est non, définitivement non. Jamais je n’épouserai ce type !
  • — Petite sœur, toi que j’ai trouvée alors que je ne t’attendais pas, toi qui m’a rendu un père et une mère que je n’espérais pas, écoute-moi, écoute-le. Il nous a réunies, tout n’est peut-être pas mauvais en lui.

Miko hésita. Il est vrai que Vincent… Mais l’avait-il fait exprès ? Et de toute façon, il avait prévu qu’elle perde, hein ? Qu’est-ce qu’il se croyait, ce type ? D’où lui venaient ses certitudes ? Il allait bien voir !

  • — C’est NON ! Il a fait des choses, c’est vrai, mais par hasard. C’est toi et moi qui avons dénoué la situation ensemble.
  • — Je vois que ta décision est prise, et que tu es une sacrée tête de mule ! Il s’en doutait d’ailleurs, c’est pourquoi il n’a pas voulu être présent quand tu rentreras sur le lieu de l’épreuve ultime. Il va te révéler qui il est, mais sans que tu le rencontres, puisque c’est ta volonté.
  • — C’est quoi, encore, ce truc ? Puisque je ne veux pas de lui, restons-en là !
  • — Il a quelque chose à te rendre, quelque chose qui t’appartient, que tu lui as donné il y a longtemps et qu’il a gardé depuis toutes ces années. Si tu ne veux pas de lui – et il le comprend – alors cet objet ne représente plus rien pour lui, et autant qu’il te revienne. Tu trouveras l’objet en question dans une boîte, posée sur une table, dans une salle au bout d’un couloir que tu connais déjà. Entre dans ce bâtiment, va au bout de la piste, ouvre cette boîte, prends cet objet…
  • — M’en fous, de son truc ! Veux rien de lui et veux pas l’épouser !
  • — … prends cet objet, reprit patiemment Ninaa. Observe-le, reconnais-le. Tu auras alors dix secondes pour répondre à la question qui est inscrite au fond de la boîte. Et tout sera fini, il ne t’importunera plus jamais.

La limousine s’était immobilisée depuis plusieurs minutes déjà, pendant que les deux sœurs discutaient. Un geste de Ninaa, et le chauffeur descendit ouvrir la porte arrière. Miko eut un sursaut d’étonnement.

  • — Eh ! Mais je connais cet endroit ! C’est le restaurant où j’étais le petit chien de cette blonde…

Ninaa lui sourit avec tendresse. Quel que soit le maître du jeu, elles s’étaient trouvées toutes les deux dans l’aventure, deux moitiés d’un même tout. Deux sœurs. Et c’était quelque chose que rien ni personne ne pourrait désormais leur enlever. Et si Ninaa avait traité avec Vincent, c’est qu’elle avait donc dû lui trouver « quelque chose ». Plus que tout autre argument, c’est cette pensée, toute entière contenue dans le tendre sourire de sa sœur, qui emporta la décision de Miko. Elle irait au bout de la piste.
Miko descendit de la limousine et monta lentement les marches du perron. Elle pénétra dans l’établissement de luxe, où une hôtesse l’accueillit et lui demanda de la suivre. Les clients se retournaient sur le passage de cette fée immaculée, mais elle n’y prêtait pas attention. Au bout du parcours se trouvait une réponse, un nom… Vincent, elle en était sûre. Aurait-elle le cran de le plaquer et fuir ? En suivant l’hôtesse, elle repensait à ce que lui avait dit Ninaa :

  • Pour l’humilier après avoir été humilié : elle avait plaqué Vincent, celui-ci s’était senti humilié, et il avait cherché à se venger.
  • Quelque chose à se faire pardonner : Ben tiens ! Avec la série de goujateries et d’épreuves humiliantes qu’il lui avait imposées, tu parles qu’il avait quelque chose à se faire pardonner ! Et pas qu’une ! Et sans compter avec tout ce qu’il lui avait fait subir lorsqu’ils étaient ensemble…
  • Il avait honte, il voulait se faire pardonner : Ça, ça ne collait pas. Ce n’était pas dans le tempérament de Vincent d’avoir ce genre de remords, bien au contraire. Quelque chose ne collait plus, là… Et pourquoi Ninaa lui avait-elle fait confiance ? Avait-il réellement changé ?

Elle arrêta là ses spéculations, elle arrivait à la grande salle. Plus que quelques mètres. La porte s’ouvrit… elle allait enfin trouver la réponse.
Personne, comme promis. Une table superbe était dressée pour deux couverts. Elle s’en s’approcha. Sur une des deux places se trouvait la boîte annoncée. Fuchsia, évidemment. Elle pensa qu’on ne lui avait pas mis de sous-vêtements, à la boutique. Sans doute Vincent avait-il imaginé qu’un objet quelconque pourrait « agrémenter » le repas. Et si elle plaquait tout, là, maintenant ? Elle hésita… mais se dit que ce serait inutile : il ne viendra pas, comme il l’avait promis.

Si c’est un objet sexuel, je me casse. Qu’est-ce qu’il croit ce type ?
Miko tourna autour de la table. Elle était splendide, merveilleusement mise, avec des chandeliers, des fleurs, au milieu de cristaux et d’argenterie. Une autre facette de Vincent qu’elle n’avait pas connue. Aurait-il appris à devenir romantique ?

Ce type est incroyable… Il m’a pourri la vie, a joué avec moi… et maintenant ce repas… en amoureux… Que veut-il encore me voir glisser entre les jambes ? Quelque chose qui m’appartient, dit-il ? Mais quoi ?
Miko s’empara de la boîte fuchsia et commença à l’ouvrir. Elle ne savait plus quoi penser. La logique désignait Vincent, mais plusieurs petits détails ne collaient pas avec le souvenir qu’elle avait de cet être égoïste, imbu de lui-même, sûr de lui. Un vrai « beauf », quoi ! Qu’allait-elle trouver : un parmi ces nombreux objets insolites qu’elle avait reçus ces dernières semaines ? Elle se souvenait que c’était Vincent qui lui avait fait découvrir ces objets. Et si c’était autre chose, quoi, alors ? Elle déchira nerveusement les derniers papiers qui emballaient la boîte.
Miko s’immobilisa, pétrifiée. Il lui semblait que son sang se glaçait dans ses veines, que sa respiration s’arrêtait, que le temps se suspendait. Elle reconnaissait – évidemment, comment aurait-elle pu l’oublier ? – l’objet fuchsia qu’elle venait de découvrir dans la boîte, mais si son cœur voulait y croire, son esprit n’arrivait pas à appréhender la réalité de ce qui était sous ses yeux. Au fond de la boîte, il y avait un billet. Il était blanc, pas fuchsia. Elle se souvint d’un coup de ce que lui avait dit Ninaa : elle aurait dix secondes pour répondre à la question qui était posée sur le billet.
Combien de temps s’était-il écoulé depuis qu’elle avait ouvert la boîte ? N’était-il pas déjà trop tard ? Tétanisée, elle trouva quand même la force de déplier lentement le billet. Il n’y avait que trois mots :

Me pardonneras-tu ?

Un souffle, puis un cri s’échappèrent de ses lèvres.

  • — Oui. OUI !

Le silence. Les tentures semblaient avoir absorbé les sons, retenant son cri, lui interdisant de franchir les murs pour aller vers celui à qui elle l’avait destiné. Il ne se passait rien. Rien ne bougeait, pas un bruit, pas un frémissement. Rien n’existait plus que ce silence lourd, oppressant, celui qui accompagne les défaites.
Miko sentit le sol se dérober sous ses jambes, elle s’assit sur une chaise et laissa son cœur hurler sa peine. Pourquoi ce gâchis, une fois de plus ? Elle s’affaissa, et elle pleura. Elle pleurait comme elle n’avait jamais pleuré. Le superbe maquillage coulait sur le bras de son kimono et maculait de traînées noires l’éclatante blancheur. Elle s’en moquait. Elle se moquait de tout, de son kimono, d’avoir été prise pour un objet….

  • — Miko…

Cette voix !
Des pas discrets, légers, derrière elle, puis la voix rompit doucement le silence :

  • — Miko, tu m’as pardonné pour tout ce que tu as traversé par ma faute. Mais cela ne me suffit pas pour m’autoriser à t’imposer ma présence. Parce que je t’aime, et je veux t’épouser. Si tu refuses, à cause de ce que je t’ai fait subir ou pour toute autre raison, je m’en irais, je quitterais ta vie à tout jamais et je ne t’importunerais plus. Veux-tu quand même, malgré mes erreurs, devenir ma femme ?

Miko sentit sa respiration repartir et son sang se remettre à couler, faisant battre très fort son cœur. Mais la boule qui serrait sa gorge ne la quittait pas, elle était incapable de parler, de prononcer le moindre mot.

  • — Tu ne dis rien. Je m’en doutais, et je te comprends… J’ai longuement hésité à venir. Mais Ninaa m’a expliqué à quel point cette lettre t’a bouleversée, et j’ai pensé alors…

Une immense vague de bonheur submergeait à présent Miko. Pressant contre elle ce vieux tee-shirt fuchsia, cet insignifiant bout de tissu qui était à l’origine de tout, encore taché du sang de celui qu’elle n’avait, elle non plus, jamais cessé d’aimer, elle répondit sans se retourner.

  • — Oui, Antoine, je le veux.

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