Histoire Coquines - Un gendre parfait ?
L’avantage, lorsqu’on est un bon mari et un bon gendre c’est qu’on est en général insoupçonnable.
Le début de l’histoire a commencé il y a maintenant six mois. Pour remettre les choses dans leur contexte, je suis marié à une adorable femme depuis maintenant trois ans, et cette union fait suite à une relation remontant à cinq ans auparavant. Ma femme est une jolie brune de 29 ans aux cheveux mi-longs, les yeux verts, dotée d’une superbe poitrine, d’un ventre plat entretenu par des séances journalières de gym et de natation, et de hanches assez fines.
Il y a un proverbe qui dit que lorsqu’on veut voir ce que sera son épouse dans vingt ans, il faut regarder sa mère. Sa mère est une copie presque conforme de sa fille si on ne fait pas attention à ce qu’elle est toujours juchée sur des talons de dix centimètres et quelques vingt ans de plus. Je ne vous parlerai pas de mon beau-père, ce dernier étant toujours à courir l’Europe pour son métier.
Afin de terminer les présentations physiques je suis moi-même un homme de 33 ans, simple, brun aux yeux bleus, de taille normale, assez sportif. J’ai par contre une particularité physique assez embarrassante qui m’a causé beaucoup de tort dans mon adolescence : la taille de mon sexe qui, au repos, fait déjà la taille d’un honnête sexe en érection… Beaucoup de gens pensent à tort que posséder un sexe de grande taille est un don mais hélas il n’en est rien car après avoir subit les railleries de mes camarades de douche et les craintes de mes anciennes petites amies, certaines pratiques sont hélas à proscrire.
Nous sommes néanmoins un couple épanoui, ayant eu quelques expériences et ouvert à tout, sans tabou particulier. Notre situation actuelle de futurs propriétaires terriens nous incite à être, de manière très fréquente, dans ma belle famille, l’appartement que nous louons étant difficilement supportable les week-ends.
Les parents de Sonia possèdent une belle villa sur les hauteurs de Bandol et nous quittons donc Toulon dès que possible et ceci depuis Mars. Nous logeons dans une aile de la maison, dans un petit appartement réservé aux invités. La vie y est calme, sans voisin ni bruit et les beaux jours rendent encore plus agréable cet endroit. Nous y sommes souvent seuls, mon épouse et moi, sa mère étant toujours en courses ou à son club de gym, avec des amies.
Les semaines passant, la piscine devint un passage obligé lors du repos de la semaine où Sonia et moi-même profitions des moments de solitude pour bronzer nus, et même plus que nus, car aussi bien ma femme que moi détestons toute forme de pilosité ; et aussi parfois jouer à des jeux d’adultes dès que nous en avions la possibilité.
De semaine en semaine je trouvais ma belle-mère de plus en plus enjouée, ravie de notre présence. Je remarquais aussi que ses escapades de shopping étaient plus rares. Ses amies -certaines très jolies- venant, elles aussi, profiter du soleil et de la piscine. Je mettais cela sur le compte d’habitudes estivales tout en regrettant les moments ou ma femme et moi étions livrés à nous-mêmes, profitant des lieux en tenue d’Adam et Eve.
Un soir, alors que nous étions au lit chez nous, ma femme me raconta que sa mère l’avait appelée pour lui demander conseils sur son épilation, son institut ne pratiquant pas l’épilation intégrale. Cela nous fit rire, m’émoustilla un peu et une nuit bruyante et fatigante s’offrit à nous. La semaine passa, chacun pris par notre travail respectif, et le vendredi nous partîmes en direction de notre maison de week-end.
Je retrouvai ma belle-mère toujours aussi rayonnante et enjouée mais, à tort ou à raison, je la trouvai changée. Habillée plus court, manucurée et coiffée visiblement du jour je la trouvai pour la première fois très excitante. Nous eûmes droit aux sempiternels reproches sur mon beau-père absent encore pour trois semaines, durant le repas du soir, sur cette solitude qui lui pesait, et qu’heureusement nous étions là les week-ends pour lui tenir compagnie…
Ce week-end là, mon épouse était conviée à l’enterrement de vie de jeune fille d’une de ses meilleures amies. Je n’étais, de mon coté, pas invité par son futur époux car nos relations n’étaient pas très bonnes. Nous avions décidé néanmoins de ne pas changer nos habitudes et je préférais rester seul ou en compagnie de ma belle-mère plutôt que dans notre appartement où j’étouffais.
Le samedi matin passa rapidement, occupé par une grasse matinée et un petit déjeuner copieux qui tint aussi lieu de déjeuner. Sonia m’attira ensuite dans notre petit appartement séparé pour que je l’aide à choisir sa tenue, me gratifia ensuite d’une fellation fantastique et partit avec notre voiture en tout début d’après-midi, ayant pas mal de route à faire, promettant de rentrer dès que possible, mais en émettant quand même la possibilité de ne rentrer que le lendemain matin si elle était trop fatiguée, ou bien un peu pompette. Un texto me tiendrait informé.
Je restai un peu à bouquiner sur notre lit, habité par l’image de ma femme à genoux, cambrée comme je l’aime, ses mains jointes sur mon sexe, sa bouche et sa langue s’activant jusqu’à mon plaisir. Cela eut pour effet de me mettre en condition, mais étant seul, je ravalai mes désirs et décidai d’une douche et d’un farniente au soleil. Ma belle-mère était, elle aussi, partie en courses et je me retrouvai donc seul au bord de la piscine, en tenue on ne peut plus minimaliste. Je m’endormis sur le dos et n’ouvris les yeux qu’une heure après, réveillé par le bruit d’un verre qui tombe.
Ma belle-mère était à côté de moi, accroupie de dos, rassemblant les éclats de verre.
Derrière mes lunettes de soleil, j’avais pour la première fois sous les yeux Marie (ma belle-mère) en string et seins nus, ses maillots étant jusqu’alors bien plus sages. Sa lourde poitrine, pour ses 49 ans, était superbe et mise en valeur par les marques blanches laissées par ses anciens maillots. Il en était de même pour ses fesses, copies conformes de celles de Sonia, en plus larges. Je voyais pour la première fois ses tétons et ses larges aréoles.
Je cachais mon sexe avec la serviette et lui proposai de l’aider. Elle se retourna, me sourit et déclina mon invitation. Je remarquai qu’elle s’était encore plus cambrée et que ses fesses, posées sur ses talons, me laissaient voir un anus lisse et deviner ses lèvres. Elle se leva ensuite, partit vers le pool house pour jeter les morceaux de verre et revint vers moi. Je trouvais sa démarche chaloupée un peu exagérée, juchée sur ses hauts talons mais la vision de cette femme me troubla et même en conservant la serviette sur mon sexe il me paraissait délicat de rester sur le dos ! Je me tournai donc.
Je ne savais que faire, troublé par la situation, par cette femme qui était la mère de ma femme, mais que je regardais pour la première fois d’une toute autre manière. Elle engagea la discussion sur des banalités, le soleil, le beau temps, la chaleur, pour finalement en venir au fait que je pouvais retirer la serviette de mes fesses car cela ne la gênait nullement. Après quelques hésitations je me résignai à répondre à son invitation, laissant choir cette dernière sur le sol. Le silence s’était fait, mis à part les cigales, je somnolais à nouveau le dos chauffé par le soleil.
Marie me sortit de mon sommeil en me demandant si je voulais boire quelque chose car elle allait se faire un café. J’accueillis cette proposition avec un sourire et lui proposai de rester allongée pendant que je m’en occupais. Je nouais ma serviette autour de mes hanches pour me lever. Je revins avec une tasse dans chaque main et ce qui devait arriver arriva : la serviette tomba, libérant mon sexe à 50 centimètres de Marie. Je posai les tasses, ramassai la serviette et Marie éclata de rire.
- — Tu sais Thomas, c’est pas la peine de la remettre maintenant, j’ai déjà eu l’occasion de la voir lorsque tu dormais et, je te rassure, ce n’est pas la première que je vois !
Je me trouvais tout à coup stupide, face à une femme portant encore un peu de tissu alors que moi j’étais debout et glabre, mon sexe pendouillant. Je souris bêtement, m’assis et fixai ma tasse, la pris et bus mon café.
Marie se leva et avec son plus beau sourire quitta son dernier rempart de tissu, dévoilant à mes yeux un sexe lisse et blanc. Un sexe aux lèvres très proéminentes. Je détournai le regard et l’entendis me dire :
- — Comme cela nous sommes à égalité désormais.
Un grand silence se fit pendant qu’elle but son café et elle me demanda ensuite ce que je craignais, lui passer de la crème sur le dos. Je l’avais déjà fait quelques semaines auparavant, mais ce jour là Marie portait un maillot. Je pris donc la crème et l’étalai, évitant soigneusement les fesses et le haut des cuisses, mais malgré toutes ces précautions mon sexe commençait à se réveiller et prendre ses proportions de “fête”.
Marie avait la tête tournée dans ma direction et ne pouvait que regarder mon entrejambe. Elle me demanda si cela me gênait de lui passer de la crème sur ses fesses et ses cuisses, et sans hésiter cette fois-ci je le fis. Ses fesses me donnaient l’impression de venir au-devant de mes gestes et la vision des globes entourant un œillet brun surmontant ces lèvres entrouvertes parachevèrent mon érection.
Marie se retourna, se dressa sur ses coudes et me regardant droit dans les yeux me dit :
- — À mon tour désormais. Allonge-toi. Sur le ventre.
J’obtempérai et j’eus droit en fait à un véritable massage, de la base du cou aux orteils en insistant bien sur mes fesses, qu’elle malaxa. Marie s’assit ensuite sur mes jambes, ses jambes de chaque côté du bain de soleil et j’eus droit à un massage plus appuyé du dos. Je sentais la pointe de ses seins frottant contre mes reins. Imaginer son sexe ouvert de par sa position sur moi me rendais fou…
- — Sur le dos maintenant !
Elle se leva et attendit.
- — T’attends quoi ? Que ta chose se calme ? me dit-elle en éclatant de rire.
Je me retournai donc en tachant de ne pas penser à ce qui allait forcément arriver. Elle tira son bain de soleil a côté du mien et s’assit dessus en tailleur, lèvres ouvertes. Obscène.
- — Quelle queue ! Quelle taille fait-elle ?
Je bafouillai que je ne savais pas vraiment mais…
- — Ne me dis pas ça, tous les garçons se la mesurent à un moment ou un autre alors !
J’avouai donc mes 25 centimètres et profitai de ma lancée pour lui avouer les 6 autres cm terminant mes mensurations. Elle prit mon sexe entre ses doigts, le tirant à la verticale, puis la deuxième main rejoint la première pour contempler qu’il restait encore au moins 10 centimètres à l’air libre. Elle commença alors à me masturber avec une lenteur exaspérante tout en me regardant droit dans les yeux.
- — Tout cela, j’en ai envie depuis des mois et je tiens à ce que cela ne ressorte JAMAIS, quoiqu’il arrive dans l’avenir.
Ses paroles tombaient sous le sens mais le ton employé était très ferme et son visage grave. Je lui souris, et tentai de retrouver ma superbe en lui demandant d’un air goguenard à qui elle voulait que je puisse en parler. Elle me sourit et engloutit dans sa bouche les centimètres restants au-dessus de ses doigts. Mon sexe était dans la bouche de ma belle-mère, sa langue jouait avec mon gland. Une main avait quitté ma hampe pour caresser mes couilles.
- — Comme ça, ça te fera ta deuxième pipe de la journée, me dit-elle… Je vous ai vu tout à l’heure…
Elle se mit ensuite entre mes cuisses, ses mains à plat sur mes tétons et reprit sa fellation. Elle descendait doucement en aspirant puis s’immobilisait et là, sa langue entrait en scène, en alternance. Une de ses mains avait quitté mon torse pour aller trouver refuge contre son sexe. Marie descendait de plus en plus bas, tentant d’avaler le plus possible de ma hampe, jouant avec la limite de ses capacités. Après plusieurs haut-le-cœur, elle se résolut à ne plus tenter le diable. Sa main quitta son sexe pour venir jouer avec ma rosette et elle y glissa un doigt.
Je ne réalisais plus rien, allongé au soleil, et mon plaisir n’allait pas tarder à venir. Elle sentit visiblement cela et cessa son jeu de bouche pour lécher le doigt qu’elle avait enfoui en moi. Elle se leva ensuite, poussa son bain de soleil et vint au-dessus de mon visage.
- — Goûte-moi, lèche-moi !
Elle écarta ses lèvres avec les doigts d’une main, plia ses genoux et colla son sexe à mes lèvres. Son sexe avait une odeur agréable et un goût de sel et de sucre mélangés. J’enfonçai ma langue au plus profond que je pouvais. Marie alternait les mouvements verticaux et horizontaux afin que je lui lèche son entrejambe et qu’elle sente aussi ma langue en elle. Mes mains tenaient ses fesses et je profitais de cela pour les écarter le plus possible et lécher son anus.
Ma belle-mère, d’habitude si réservée, était en fait une furie. Elle se leva ensuite pour se retourner et s’allongea sur moi, tête bêche, enfonçant ma queue au fond de sa bouche. Sa petite taille m’empêchait de la lécher encore et je jouais avec mes doigts, alternant caresses sur son clitoris et pénétration. Ses réactions à la pénétration me dictèrent de me concentrer sur cela et j’enfonçai mes doigts le plus profond possible, les écartant à l’intérieur d’elle. Son sexe était très élastique et quatre doigts la pénétraient. Son corps venait à ma rencontre, poussant vers moi son sexe comme si elle voulait que ma main la pénètre.
Elle avait arrêté de me sucer, concentrée sur son plaisir. Je poussai de plus en plus mes doigts en elle, collai mon pouce aux autres doigts et attendis sa réaction. Elle vint au-devant de ma main et, dans une poussée lente, fit entrer cette dernière en elle en gémissant. Pour la première fois de ma vie, je fistais une femme. Ma main était au fond d’elle, jusqu’au poignet.
- — Ferme ton poing et bouge, s’il te plaît !
Je m’exécutai et, après quelques mouvements, elle hurla et fut animée de tremblements. Je restai quelques instants immobile en elle et retirai ma main le plus délicatement possible. Son sexe était béant et ma main gluante de ses sécrétions.
Elle resta quelques minutes immobile puis entreprit de reprendre une fellation lente et profonde. Quelques minutes passèrent ainsi. Elle me maintenait en état d’excitation extrême, sentant à chaque fois l’approche du point de non retour et ce supplice était divin.
- — J’ai envie de te sentir en moi, veux tu ?
Mais sans attendre ma réponse elle se releva et vint s’empaler sur moi. Mon sexe entra en elle et j’avais la sensation étrange de ne pas remplir un sexe complètement, pour la première fois de ma vie. Elle guidait la chevauchée, j’étais comme un gode humain, passif.
Je pris ses seins dans mes mains et pinçai ses tétons, les faisant rouler entre mes doigts. Son visage était concentré sur son plaisir, des perles de sueurs coulaient entre ses seins. Elle accéléra le rythme et je sentis le point de non retour arriver pour moi aussi. Nous jouissions ensemble et je me vidais en elle.
Nous restâmes un moment emboîtés l’un dans l’autre, les yeux clos et quand je les ouvris elle me souriait.
- — Cela faisait longtemps que je n’avais pas joui aussi fort, mais aussi deux fois presque coup sur coup !
Elle se pencha sur moi et m’embrassa du bout des lèvres.
Il était tout juste 16 heures et quelque chose me disait que Sonia ne reviendrait pas avant le lendemain. Je connaissais ses amies !
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Claire était de retour chez elle. Elle avait vendu sa production en quasi totalité et commandé le pain de glace pour transporter le lendemain le beurre, la crème, les œufs et les fromages à Brioude. Une crémerie de la ville prenait régulièrement ses produits. Elle devait juste les apporter en carriole tôt le matin. Ce voyage mensuel était une véritable expédition, et lui permettait d’effectuer quelques emplettes qu’elle ne pouvait faire au village. Elle emporterait sa robe des dimanches pour trouver du satin noir indispensable à la réparation. Elle défit les rubans de sa capeline et posa celle-ci sur la table. La chaleur était étouffante en ce début juillet. Il faudrait partir tôt, vers cinq heures, afin de ménager le vieux Domino.
Elle allait mettre le déjeuner sur la cuisinière quand elle entendit frapper à la porte. Elle sourit, reconnaissant Anita dans l’encadrement.
- — Eh bien… tu n’es pas chez toi à cette heure ?
- — J’ai négocié une pause chez ma meilleure amie. Maman a râlé parce que ça ne se faisait pas de son temps, mais elle a cédé. La blanchisserie est tellement étouffante ! Même dehors il fait meilleur !
- — Assieds-toi. J’allais faire une omelette au fromage.
- — Hummmmmmm, j’en salive d’avance ! Je t’aide ?
- — Si tu veux.
Anita s’installa pour faire l’omelette pendant que Claire décrochait la grande poêle et glissait un bon morceau de beurre qui se mit à grésiller sur la fonte. Elle coupa en fines tranches la dernière part de tome, l’incorpora aux œufs battus et fit glisser la préparation dans la poêle. Une bonne odeur de fromage fondu s’éleva dans la cuisine. Les deux amies se sourirent avec gourmandise. Le déjeuner allait être délicieux.
Claire soupira :
- — Tu sais, ça me fait plaisir de te voir ! Depuis la Saint-Jean, je n’ai pas eu une minute à moi.
- — J’ai vu ça, tu n’étais jamais chez toi.
- — Tu es passée ces jours-ci ?
- — Il y a une dizaine de jours environ. Tout était fermé.
Claire rougit. Durant cette période, elle avait reçu le bouquet de Louis.
- — Tu sais bien que je profite de l’été pour faire tous les marchés du canton !
- — Oui et je ne t’en veux pas ! D’autant qu’à la blanchisserie, nous avons beaucoup de travail aussi. L’hôtel d’Ambert, le couvent, l’hospice, le château du Pont… on dirait qu’ils se donnent le mot pour nous donner leurs draps, leurs camisoles et leurs jupons. Et comme le commis est malade, c’est moi qui pars en livraison !
Claire plia l’omelette avant de la glisser dans le plat de service :
- — Tu ne vas pas te plaindre tout de même ! Tu vas gagner des sous en plus !
Anita sourit :
- — Au début, je me suis surtout dit que ce serait de la fatigue, mais finalement ça me permet de ne pas étouffer totalement, de faire du vélo… Et puis je vois du monde ! J’ai même failli livrer le linge du nouveau… Mais maman a envoyé Tante Colette. Je suis maudite avec cet homme !
Claire se mit à rire en servant son amie. Mais l’image des caleçons, pantalons et chemises de Louis entre les mains d’Anita s’imposa à son esprit pour se superposer au sourire malicieux de l’homme tout à l’heure, lui causant une gêne inexplicable… Elle reposa sa fourchette, troublée.
- — Tu n’as pas faim ?
- — Je crois que cette chaleur me bourlingue. Et dire que demain je dois aller à Brioude…
- — Tu en as de la chance ! Moi je donnerais n’importe quoi pour aller là-bas. Tu vas voir des beaux messieurs, des beaux magasins… tu me raconteras ?
- — Bien sûr. Je vais aller chercher du satin noir pour ma robe des dimanches.
- — Cette vieillerie ? Tu ferais mieux de la jeter. Pourquoi tu ne mettrais pas ta robe du bal comme robe des dimanches ? Elle est jolie et très convenable.
- — Je vais devoir la mettre demain de toute manière. Je ne peux pas rester en robe de tous les jours pour aller en ville.
- — Parfait ! Si tu veux mon avis, elle est beaucoup mieux que la noire. Et puis, cinq ans de deuil vestimentaire, franchement Claire, c’est beaucoup trop. Je sais que tu n’as pas beaucoup d’argent mais tu sais, on peut toujours remettre à la mode d’autres robes de ta mère… Elle avait tellement de goût !
- — C’est gentil à toi mais je ne vais pas pouvoir recycler toutes ses tenues. Et puis pour tous les Jours, je préfère garder mes robes noires. Elles sont tellement pratiques !
- — Oui, mais tellement usées et tristes ! Claire, si tu as un peu de temps demain, prends un ou deux coupons de tissu ordinaire, rayé, fleuri, ce qui te fait envie et je te ferai des robes de travail. Ça te coûtera moins cher que le satin, et pour le reste, on piochera dans la garde-robe de ta maman !
Claire soupira :
- — D’accord mais je te paierai pour tout ça !
- — Entendu, mais je pose mes conditions d’avance : tu me paies en miel, tome, pêches de vigne. Et omelettes au fromage. Ça te va ?
Claire se mit à rire. La gentillesse d’Anita lui rendait l’appétit.
ooooOOOOOOoooo
Le lendemain matin, très tôt, Claire attela Domino à la charrette, graissa les roues et hissa les caissons remplis de glace et de sciure qui contenaient les produits qu’elle destinait à la crémerie sans compter un panier de provisions pour midi. Le jour se levait lentement quand elle partit. Elle avait devant elle plus de trois heures de route poussiéreuse au milieu des châtaigniers, des noyers, des sapins, des acacias et des vieux chênes. Le paysage se déroulait lentement, entre prés, collines, forêts profondes, mystérieuses, bordées de myrtilles et de digitales mauves. Les oiseaux chantaient le jour naissant. Domino trottait allègrement. La journée s’annonçait belle.
Peu avant huit heures, Claire s’arrêta au bord de l’Allier pour se rafraîchir et faire brouter l’âne. Elle voulait refaire son chignon, défroisser sa robe et passer un linge frais sur son visage. Le soleil faisait scintiller l’eau et quelques libellules passaient entre les iris jaunes, fils bleus vrombissants. Claire soupira. Par un temps pareil, elle aurait aimé rester là, se baigner, profiter de ce moment de paix propre au réveil de la nature lorsque la chaleur ne pèse pas plus qu’une aile de papillon. Elle quitta ses bas et ses souliers et s’avança au bord de la rivière : juste tremper ses pieds dans le courant. La fraîcheur la fit tressaillir puis fermer les yeux.
Après le voyage les pieds serrés dans ses chaussures à talons, elle avait l’impression de renaître. L’eau était certes un peu vaseuse mais bienfaisante : mélange boueux frangé de lumière d’or, caracolant sur des galets gluants. Mélange odorant de menthe, de cresson et de lichens pourris, parfum de pierre et d’eau. Surtout ne pas tremper le bas de la robe… La jeune fille sortit un mouchoir de batiste et le plongea dans le courant, avant de le passer tout en douceur sur son visage. Elle soupira d’aise. Au loin, les cloches de la basilique Saint-Julien sonnèrent la demie de huit heures, il était temps de reprendre la route.
Claire retourna sur la berge rattacher ses cheveux défaits, rajuster la ceinture de sa robe et remettre ses bas et ses chaussures. Domino s’était éloigné quelque peu. Elle le retrouva près du pont en train de grignoter les feuilles d’un chardon bleu.
- — Allez mon grand, je vais devoir t’atteler de nouveau mais ne t’inquiète pas, nous sommes presque arrivés. Tu auras ta ration de fourrage.
Domino suivit sagement sa maîtresse et reprit la route qui menait à Brioude. Les rues commençaient à s’animer. Claire croisa quelques automobiles, conduites par des notables venus pour faire des emplettes et des affaires en ville. Elle eut juste le temps d’arrêter sa carriole sur la place pour éviter un concert de klaxons. Domino, qui détestait être bousculé, pouvait exprès ne plus avancer s’il était contrarié. La jeune fille le réconforta de quelques caresses et carottes et rejoignit à pied la petite rue qui menait à la crémerie. Le propriétaire venait juste d’ouvrir sa boutique et des effluves fromagères s’en échappaient. Lorsqu’il aperçut Claire, il siffla d’admiration :
- — Eh bien, Mademoiselle Dupuy, vous allez à un mariage pour être aussi jolie ce matin ? Vous ne m’avez guère habitué à vous voir ainsi !
- — Je viens juste déposer votre commande, Monsieur Boussugue, et faire quelques emplettes. J’ai dû garer la charrette sur la place, alors si vous pouviez venir récupérer le chargement, ce serait très aimable.
- — Bien sûr, bien sûr. Paulo, tu peux venir avec un diable ? Tu accompagnes mademoiselle à sa voiture et tu prends les deux caisses, comme d’habitude… Ils sont en train de refaire la grand-rue, alors les automobiles sont obligées d’faire un détour et elles font peur aux bêtes… C’est l’progrès qu’il paraît, mais c’est pas agréable… Vous revenez, que l’on fasse nos comptes ?
- — Entendu.
Paulo, sur le chemin, regarda Claire d’un œil malicieux. Depuis deux ans qu’il travaillait chez le crémier comme commis, jamais il n’avait vu la jeune fille vêtue de clair. Et elle était si changée dans la robe bleue ramagée d’œillets rouges qu’elle lui paraissait complètement différente, presque intimidante. Quand il eut terminé de charger les caisses, il ne put s’empêcher de remarquer :
- — J’espère que nous sommes élégantes, mam’zelle. Sûr que vous avez un amoureux !
Claire rougit et demanda :
- — Étais-je si vilaine dans ma robe noire ?
- — Ben, à dire vrai, ça vous donnait un air triste, malheureux, on aurait presque cru une vieille fille, sauf vot’respect. Alors vous pensez si ça nous fait plaisir de vous voir comme ça. On vous croirait de la ville !
Claire sourit. Paulo s’enhardit.
- — Votre amoureux doit être fier de se promener avec vous. Vous nous le présenterez ?
- — Mais je n’ai pas d’amoureux, Paulo !
- — Pas d’amoureux ? Avec une robe comme ça, l’premier garçon qui passe vous enlève dans son auto. Ou alors il est complètement aveugle !
Ils arrivaient au magasin et le jeune commis ouvrit les caisses pour sortir les produits afin que le patron puisse vérifier la marchandise. Ce dernier tâta les fromages, compta les œufs, goûta le beurre et sourit :
- — Toujours de première fraîcheur, vos productions ! C’est un plaisir de faire affaire avec vous ! Vous ne ménagez pas votre peine et je peux vous dire que tous mes clients apprécient. Et moi également.
- — Merci, Monsieur Boussugue.
- — Bon ! Comme je vais un peu augmenter mes prix, je vous fais le lot avec transport à soixante francs, ça vous va ? Il est juste que vous soyez un peu plus payée.
- — Ça ira très bien.
- — Parfait. Je vous donne le compte et je fais un reçu.
Lorsque Claire ressortit du magasin, serrant son argent dans son sac, elle se sentit toute joyeuse. Elle avait eu des compliments, la commande avait été vendue sans souci, avec une augmentation en prime. Elle allait pouvoir vivre ce mois sans inquiétude et même faire quelques économies. Elle repensa à la proposition d’Anita et décida, puisqu’elle avait bien travaillé, de faire une visite à la boutique de tissus qui faisait l’angle de la place. Il y avait si longtemps qu’elle ne s’était pas fait un petit plaisir. Elle regarda la devanture qui exposait satins, velours, dentelles et poussa la porte qui carillonna gaiement. La propriétaire, une dame très élégante, lui sourit aimablement.
- — Puis-je vous aider, Mademoiselle ?
- — Je vais regarder ce que vous avez en coton fleuri. Merci.
- — N’hésitez pas à m’appeler si vous avez besoin.
Claire acquiesça et se dirigea vers les rayonnages où s’empilaient les coupons. Les tissus les moins chers étaient noirs, semés de petites fleurs blanches ou bleues, ou rayés finement. Les vieilles paysannes allaient toujours ainsi et Claire repensa à ses robes toutes pareilles… Si elle voulait retrouver son âge, il fallait donner un peu de couleur à ses tenues, Anita avait raison. Elle regarda les autres couleurs : du bleu, du rose, du grenat, de l’ocre, du brun. Parfois fleuri, parfois uni, parfois rayé. Indécise, la jeune fille fixait les coupons l’air ennuyé. Que choisir de pas trop salissant et de passe-partout pour la campagne ?
- — Si vous voulez mon avis, je crois que le grenat avec des fleurettes roses est parfait, murmura une voix d’homme derrière elle. Ou alors le mauve bleuté avec les lilas blancs…
Claire sursauta et rougit. Non, ce n’était pas possible ! Lafargue était là, derrière elle, son regard bleu plein de malice.
- — Rassurez-vous, je suis venu aussi pour le travail. Je dois regarnir deux étuis à violon pour mes clients.
Et il lui montra une panne de velours violet.
- — Mais vous n’avez pas à vous justifier, répondit Claire doucement.
Et elle reprit sa contemplation des tissus.
- — Hummm, sincèrement, vous devriez prendre les deux… C’est pas cinq mètres de tissu ordinaire qui vont vous ruiner et je suis sûr que vous serez très jolie dedans.
Mais croisant le regard courroucé de Claire il se détourna rapidement, appela la vendeuse qui mesura le velours mauve, et paya rapidement, se retournant brièvement pour la saluer.
Claire était embarrassée. Lafargue avait le don de surgir à n’importe quel moment. Ces manières de loup guettant sa proie la mettaient en rage, ce d’autant plus qu’ils étaient en public. Un pli de contrariété se dessina sur son front. Non, décidément, les achats de tissus ne seraient pas pour aujourd’hui. Elle n’avait qu’une envie : rentrer. Elle sortit de la boutique et s’apprêtait à dénouer les rênes de Domino quand une main se posa sur son épaule.
- — Claire, s’il vous plaît, faisons la paix !
La jeune fille se raidit.
- — La paix ? Mais nous n’avons pas commencé de guerre ! Je vous en prie, laissez-moi !
- — Claire, je suis désolé, j’ai toujours l’impression que je vous terrorise dès que je vous approche. Je vous fais danser, vous fuyez, je vous conseille un tissu, vous partez sans rien acheter.
La jeune fille soupira.
- — Disons que je n’aime pas qu’on me force la main… et vous êtes toujours si… si… insupportable !
Lafargue se mit à rire doucement.
- — On ne m’avait jamais dit que j’étais insupportable ! Arrogant, séducteur, maladroit, mais insupportable pas encore… J’aime ce mot dans votre bouche. C’est un reproche adorable, entre bouderie d’enfant et désir de femme !
Claire rougit. Louis saisit d’autorité la bride de Domino et la rattacha au poteau. Il prit ensuite la main de la jeune fille, la baisa et lança tout joyeux :
- — Pour fêter ce charmant qualificatif, je vous emmène boire une limonade, Mademoiselle. J’aurai ainsi le loisir de vous convaincre que je ne suis pas qu’insupportable.
Assis dans l’arrière-salle du Café de l’Allier, Louis racontait à Claire son travail avec passion, ses promenades solitaires, ses lectures, ses rencontres. Elle l’écoutait avec attention. De temps en temps, elle souriait et rencontrait le regard bleu de l’homme, empli de tendresse. La limonade coulait dans sa gorge et rafraîchissait ses joues brûlantes. Jamais encore un homme ne l’avait invitée et surtout pas à presque midi dans une arrière-salle de brasserie. Mais ici, cela ne semblait pas choquer plus que ça le patron qui avait tout de suite proposé un coin tranquille, loin du comptoir des habitués. Un court instant, Claire se demanda si Louis était un assidu de ce genre d’endroit. Il semblait si à l’aise dans ce lieu. Puis elle décida que cela ne la regardait pas et balaya l’image furtive d’autres jeunes femmes pareillement assises en face de lui.
- — Et maintenant que je vous ai saoulée avec ma vie, ma musique, parlez-moi de vous, Claire. Enfin, si vous le voulez bien, s’empressa-t-il de rajouter.
La jeune fille, gênée, sourit tristement :
- — Vous savez la plus grande partie de mon histoire. Je vis seule depuis la mort de mon père et de ma mère. J’ai repris leur ferme et j’ai demandé mon émancipation. Je m’occupe des ruches, des bêtes et du jardin, et j’arrive bon an mal an à vivre de ce que je produis. Voilà, c’est tout. Il n’y a pas grand-chose à raconter. Sauf peut-être si vous aimez les ragots. Alors là, je peux vous raconter les histoires les plus folles qui courent sur mon compte et qui couraient sur celui de mes parents.
- — Franchement, ça ne m’intéresse pas. Racontez-moi plutôt ce qui vous fait vivre à l’intérieur de vous, vos rêves…
- — Mes rêves ? Je ne sais pas si j’en ai beaucoup. Faire prospérer la ferme, pouvoir faire des économies et réparer les communs, aménager quelques pièces… Voilà, je crois que c’est tout.
- — Vous êtes sûre ? On dirait que vous récitez une liste de devoirs d’école. Ce que vous me dites, ce sont vos obligations, votre désir pour le futur de votre maison. Mais vous, ce que vous attendez de la vie, c’est quoi ?
Claire ouvrit de grands yeux. Jamais encore quelqu’un ne l’avait interpellée aussi intimement. Elle hésita un long moment avant de répondre, cherchant les mots exacts et c’est avec lenteur qu’elle expliqua au luthier ce qu’elle ressentait.
- — En fait, je ne sais pas du tout ce que j’attends de la vie. Je crois que je n’y ai jamais vraiment pensé. Ou alors il y a longtemps, comme toutes les petites filles. À l’époque j’aurais voulu être institutrice. Depuis cinq ans, je vis au jour le jour. Alors prendre le temps de réfléchir à ce genre de question, c’est assez difficile. Et puis, c’est quelque chose de très intime.
- — Je comprends. Moi-même, il y a quinze ans, je ne sais pas si j’aurais pu répondre à ce genre de question.
- — Vous, vous avez voyagé, vous avez appris la musique et tant d’autres choses…
- — J’ai vécu à Clermont et à Paris et j’ai fait des rencontres intéressantes, mais cela est plus dû au hasard, à mes apprentissages…
- — Ici, c’est difficile de se projeter en avant. La tradition, les secrets, les réputations, les histoires familiales, c’est quelque chose qui vous colle à la peau et qui vous enferme malgré vous dans des obligations, des comportements… Être libre, c’est prendre des risques.
- — Je l’ai compris en arrivant ici. Mais je crois que cela ne doit pas vous faire peur.
Claire fut blessée de cette remarque. Elle se rebiffa.
- — Si j’avais peur, je crois que je serais partie à la mort de mes parents.
- — Peut-être que partir ne signifiait pas fuir… mais assumer différemment.
La jeune fille soupira :
- — J’y ai pensé au début et puis je me suis dit que j’avais fait le meilleur choix et qu’aujourd’hui je suis arrivée à être indépendante, chose qui n’aurait pas forcément été possible si j’avais rejoint mes cousines au Puy.
Le luthier fixa Claire avec une lueur d’émotion :
- — Et vous ne regrettez rien ? Je veux dire… cette route est bien solitaire pour une jeune fille. Et vous avez renoncé à beaucoup de plaisirs pour cette indépendance.
- — Que voulez-vous, dans chaque choix, il y a une part de douleur. Et puis, vous aussi vous avez dû renoncer à des choses en montant votre affaire. C’est une grosse responsabilité. Et qui nécessite des sacrifices, non ?
- — C’est vrai ! J’ai beaucoup travaillé et je continue de le faire pour m’assurer une vie confortable. J’ai renoncé à me fixer avec une femme par exemple… Mais ce n’était pas vraiment un sacrifice. Peut-être parce que j’avais besoin de me sentir solide avant de m’engager et que je préférais papillonner d’une dame à une autre pour préserver cette indépendance que j’ai conquise de hautes luttes. Aujourd’hui, je sais que je regarde les femmes différemment. Parce que j’ai envie de partager ce que je vis. Et pas seulement pour quelques nuits…
Ce disant, il enveloppa Claire d’un regard brûlant qui fit tressaillir la jeune fille. Sentant le trouble la gagner, elle crut bon de plaisanter :
- — Je suis sûre que vous dites cela à toutes les filles.
Louis sourit à cette boutade et pour achever de troubler Claire il se pencha pour lui murmurer :
- — Vous préférez croire les ragots qui prétendent que je suis le grand méchant loup ? Mais savez-vous qu’un loup choisit une seule femelle et l’aime sa vie entière ? Assurément, Mademoiselle, vous ne connaissez rien des loups, et rien du loup que je suis. Mais je peux vous guider. Je vous promets d’être un professeur patient…
Claire rougit et baissa les yeux.
- — Il est tard. Je dois rentrer. Merci pour la limonade.
Louis la retint :
- — Votre main tremble. Vous avez très envie de rester, mais vous combattez votre désir. Claire, je vous en prie, accordez-moi encore un moment ! Déjeunons ensemble !
- — Mon déjeuner m’attend dans la charrette et je voudrais rentrer avant qu’il fasse trop chaud.
- — Il est déjà onze heures, vous ne serez pas chez vous avant quinze heures. Vous serez obligée de vous arrêter en route.
- — Je préfère que nous nous séparions ici.
- — Vous avez peur pour votre réputation ?
Claire éluda la question et repoussa doucement la main qui la retenait.
- — S’il vous plaît, ne redevenez pas insupportable ! Je n’ai pas envie de me fâcher.
Louis, désarmé, relâcha son emprise :
- — Comme vous voulez…
La jeune fille se leva. Le luthier fit de même et lui baisant la main.
- — Au revoir, Claire ! Et, j’espère, à bientôt…
- — Au revoir, Monsieur Lafargue. Merci pour la limonade… et le concert de l’autre soir.
Louis sourit tristement.
- — Dommage que les mots n’aient pas la puissance de la musique.
ooooOOOOOOoooo
Sur la route qui la ramenait chez elle, Claire ne cessait de penser à sa rencontre avec le luthier. Sa dernière phrase, son regard, maintenaient la jeune fille dans un état de trouble qu’elle ne parvenait pas à dissiper. Une douce morsure au creux des reins, elle conduisait distraitement Domino qui en profitait pour aller brouter à l’ombre dès qu’il le pouvait. La chaleur était pesante. L’âne peinait sous le soleil et Claire, sous la capeline de paille qu’elle gardait toujours dans la charrette, suait à grosses gouttes : il fallait s’arrêter près de l’Allier, prendre un peu de repos.
Elle fit bifurquer Domino vers un chemin ombragé qu’elle connaissait et qui rejoignait la rivière et elle ne tarda pas à dételer l’âne près de la rive. Elle sortit ensuite les provisions du panier ainsi qu’une couverture et s’installa sous les arbres. Le sandwich au pâté de lapin était certes un peu suant, le vin de framboise coupé d’eau assez chaud, mais Claire ressentit un profond soulagement à savourer son repas dans cet endroit. Il y avait longtemps, presque une éternité, elle avait pique-niqué avec ses parents ici… Elle s’était même baignée dans le petit bassin que faisait l’Allier à cet endroit.
Si elle osait… Le lieu était désert et avec cette chaleur personne n’y viendrait… Elle reposa son verre, prit la bouteille pour la mettre à fraîchir dans le courant entre deux galets et évalua la température de l’eau du bout des doigts : elle était idéale, tentante. Claire fit passer sa robe par-dessus tête, quitta ses chaussures, hésita un moment avant d’ôter combinaison, culotte et soutien-gorge. Nue, elle s’avança vers l’eau et y entra en poussant un petit cri.
La fraîcheur la saisit mais en se mouillant régulièrement tout en avançant, elle arriva à se plonger toute entière dans l’Allier. Le courant la portait sans la déstabiliser et c’est avec plaisir qu’elle s’allongea pour savourer plus complètement ce bain improvisé. Au dessus d’elle, les feuilles dansantes des saules, des peupliers, et ce bruit d’eau cascadante… Claire soupira de délice. Elle se sentait revivre, reprendre le contrôle d’elle-même. Le trouble moite et insidieux qu’elle ressentait depuis le matin la quittait comme une peau morte. Elle était apaisée, détendue. Domino buvait non loin d’elle à longs traits, la fixant de ses yeux doux et humides.
- — On est bien ici, n’est-ce pas ? lui dit Claire.
L’âne agita ses oreilles pour toute réponse. Lui aussi goûtait le moment. Les mouches avaient presque quitté ses yeux et il prenait le temps de débusquer les herbes fraîches dont il raffolait. Deux libellules bleues passèrent près de la jeune fille, se poursuivant dans un joli ballet amoureux. Claire les observa un moment en nageant, puis elle décida de regagner la rive. Le soleil tournant, le bain devenait trop froid. Elle sortit de l’eau en prenant garde de ne pas glisser sur les galets gluants des bords de la rivière et essora sa chevelure trempée.
- — Zut, j’ai perdu mes épingles à chignon. Avec cette chaleur, j’ai complètement oublié de les ôter ! Quelle idiote !
Elle chercha un moment dans l’eau peu profonde, sur les fonds sableux, réussit à en retrouver cinq. Puis, torsadant ses cheveux, elle fixa les épingles pour maintenir ce chignon improvisé, en espérant que ça tienne jusqu’à la maison… Elle attendit quelques instants avant de se rhabiller. Un vent léger caressait délicieusement son ventre, ses seins, ses cuisses, l’enveloppant de tiédeur douce. Un moment, elle se dit qu’il serait bien agréable de rester ici tout l’après-midi et prendre un peu de vacances. Elle se sentait libre, dans une bulle qui la protégeait du monde. Elle s’assit sur la couverture, rassembla les reliefs de son repas et les posa dans le panier. Puis, juste pour le plaisir d’un instant, elle s’allongea et ferma les yeux. Elle n’entendait plus que le bruit du vent dans les feuillages, les chants des oiseaux…
Elle avait dû s’assoupir sans s’en apercevoir. Le cri d’un geai sortant d’un buisson et des craquements de branches la firent sursauter. Elle était si bien qu’elle avait oublié qu’on pouvait la surprendre. Elle se leva d’un bond, remit à la hâte ses vêtements et alla rechercher la bouteille de vin de framboise. Elle était glacée et Claire but une longue rasade du breuvage. Maintenant, il lui fallait retrouver l’âne, qui avait disparu sous les frondaisons. Elle siffla et Domino ne tarda pas à surgir et trottiner vers elle. Elle l’attela à la charrette et ils reprirent la route du retour. Le soleil était moins chaud et Claire se félicita d’avoir passé les heures les plus difficiles près de la rivière.
La seule chose qui l’inquiétait était qu’on ait pu la voir pendant qu’elle dormait. Mais elle chassa cette éventualité, qui fixait immédiatement l’image de Lafargue dans son esprit : penser aux yeux de cet homme sur sa nudité était tout sauf raisonnable. Même si sa mère, alors qu’elle n’était qu’une enfant, lui avait dit que le désir était une belle chose, Claire ne voulait surtout pas s’abandonner à l’émotion qu’elle ressentait. Elle avait peur, comme la plupart des jeunes filles de son âge, d’être submergée par des sentiments sur lesquels, elle le sentait confusément, elle n’avait que peu d’emprise. Et puis, elle savait, pour avoir vu des voisines venir consulter sa mère, ce que le désir sexuel peut engendrer de grossesses non désirées, de secrets, de perte d’honneur… et cela, Claire n’en voulait à aucun prix.
ooooOOOOOOoooo
Quand elle arriva à la ferme, il était presque six heures du soir. Anita l’attendait à côté de la barrière en agitant un paquet enrubanné. Sûrement un riche client de l’hôtel d’Ambert qui lui avait offert un présent lors de ses livraisons et qu’elle tenait à tout prix à lui montrer. Claire éclata de rire lorsqu’elle arriva à sa hauteur :
- — Eh bien, c’est moi qui vais en ville et c’est toi qui reçois des jolies choses !
- — Euuuuuuh, doit y avoir erreur… J’ai trouvé ça sur le pas de ta porte en arrivant. Je suppose que c’est pour toi.
- — Pour moi ?
- — Oui, c’était posé sur la dernière marche. C’est bizarre, il n’y a même pas de carte. Un soupirant inconnu, sans doute !
Claire rougit, pensa immédiatement à Lafargue mais ne dit rien. Heureusement Anita enchaîna aussitôt :
- — Et puis, tu rentres drôlement tard ! Tu as dévalisé les magasins de Brioude ?
- — Tu n’y penses pas ! Non, je me suis arrêtée pour déjeuner au bord de l’Allier et il faisait tellement chaud que je suis restée près de l’eau. Je me suis même baignée.
- — Eh ben… tu devrais aller en ville plus souvent ! Tu m’as l’air drôlement enchantée de ta journée !
- — J’ai eu une augmentation à la crémerie.
- — C’est pas vrai ? Eh ben, tu es vernie. Tu vas pouvoir t’en offrir des jolies robes !
- — On verra plus tard. Je n’ai rien trouvé chez la mercière.
- — Ne me dis pas que…
Anita leva les yeux au ciel.
- — Vraiment, Claire, je ne sais pas ce qu’il faudrait comme miracle pour te faire changer tes vieilles robes ! Là, tu exagères !
- — Je sais, tu me l’as déjà dit. Écoute, aide-moi à dételer Domino et rentrons à la maison. Je suis très fatiguée et j’ai encore les vaches à traire, les fromages à retourner et à goûter d’ici à demain dans le cellier.
Anita s’exécuta et sitôt à l’intérieur :
- — J’aimerais bien savoir ce qu’il y a dans ce paquet !
- — Curieuse ! Ouvre-le si tu veux, dit Claire en leur servant à chacune un verre d’eau fraîche.
Anita hésita. Ouvrir un cadeau qui n’est pas à soi, c’était quelque peu indiscret. Elle préféra attendre que son amie se décide et demanda :
- — Tu sais qui te l’a déposé ?
- — Non, mentit Claire. C’est sûrement une erreur. Si ça se trouve, c’était destiné à la châtelaine et le livreur l’a déposé ici. Je n’ai ni commandé, ni jamais reçu ce genre de choses.
- — Pourtant, si c’était un livreur, il n’aurait pas laissé le paquet sur les marches de l’entrée. Il serait repassé te l’apporter plus tard, rien que pour avoir la pièce.
Claire haussa les épaules.
- — Possible…
- — Allez, ouvre-le, je meurs d’impatience.
Claire soupira et alla chercher des ciseaux pour couper le ruban qui entourait solidement et élégamment le paquet. Elle tremblait un peu. Lorsqu’elle ouvrit la boîte, Anita s’exclama :
Eh ben… mazette ! Tu as une bonne fée qui veille sur toi ! C’est magnifique !
Entourés de papier de soie, les deux coupons de coton fleuri, grenat et bleu lavande aperçus chez la mercière étaient pliés artistement et, glissée entre les deux, une carte marquée de son prénom. Le rouge aux joues, elle tira cette dernière qui révéla, épinglé à elle, un troisième coupon de soie blanche brodée de papillons multicolores.
- — Par exemple, clama Anita, la personne qui t’envoie ça est un prince ! Cette soie est merveilleuse ! Tu es vraiment sûre que tu n’as rencontré personne en ville ?
Claire, anéantie, baissa les yeux. Il était peut-être temps de passer aux aveux. Elle s’assit et se resservit un verre d’eau. Puis commença :
- — En fait, c’est une longue histoire. Je… J’ai rencontré quelqu’un à Brioude. Quelqu’un que j’avais vu auparavant à la fête de la Saint-Jean.
Anita ouvrit des yeux immenses.
- — Et tu ne m’as rien dit ? Claire… comment as-tu pu ? Moi qui te confie tous mes secrets !
- — Je n’ai pas osé t’en parler. Pardonne-moi… Je ne pensais pas que cela en valait la peine et surtout je ne pensais pas que cette personne ferait une chose pareille !
- — Claire, je ne sais pas qui c’est mais s’il y a une chose dont je suis sûre, c’est que c’est quelqu’un qui tient énormément à toi. On offre pas une soie de ce prix à quelqu’un qu’on a juste rencontré deux fois.
Claire rougit.
- — Tu crois que c’est une déclaration ?
- — Ah ça, ma chère, il faudrait déjà que je sache de qui il s’agit.
- — C’est le nouveau… C’est Louis Lafargue, lâcha Claire piteusement en baissant les yeux.
Anita sous le coup de l’étonnement en perdit la parole. Elle se leva, aspira une grande goulée d’air et toisa son amie d’un air fâché.
- — Mon séducteur ? Alors là, pour une surprise… Mais si je comprends bien, tu m’as menti l’autre dimanche.
- — Oui… mais je… je ne pensais pas que…
Anita secoua la tête d’un air navré.
- — Franchement, tu aurais pu me le dire. Penser que ma meilleure amie m’a volé un amoureux potentiel de plus… Enfin, ce qui est fait est fait ! Mais maintenant, tu vas devoir tout me raconter dans le détail.
Quand Claire eut terminé son récit, Anita soupira :
- — Eh bien… quelle aventure ! Qu’est-ce que tu vas faire maintenant ?
- — Je ne sais pas… je ne sais plus.
Anita haussa les épaules :
- — Ça n’est pas une réponse ! En plus, tu n’as même pas lu sa carte.
Claire retira l’épingle qui retenait encore le billet à la soie blanche et lut le message de Lafargue : Merci de ce délicieux moment passé en votre compagnie. Ce petit cadeau vous consolera je l’espère de la perte de temps que je vous ai occasionnée. La soie blanche, j’aimerais que vous la portiez pour fêter avec moi le 14 juillet. Nul doute que votre amie Anita vous en fera une robe ravissante. Je passerai vous prendre jeudi en huit, vers neuf heures. L.
Claire était devenue blanche jusqu’aux lèvres. Elle serra les poings :
- — Je n’irai pas ! Pour qui me prend-il ? Il ordonne, il conseille, il choisit ! Et je n’aurais qu’à m’incliner ? Non, non et non.
Anita regarda son amie.
- — Tu ne réalises pas ta chance ! Je donnerais n’importe quoi pour être à ta place. Cet homme te traite en princesse et toi tu t’énerves, tu fais la difficile pour une stupide question d’orgueil. Franchement je ne te comprends pas !
- — Mais ça n’est pas de l’orgueil ! Je ne veux pas fêter le 14 juillet, Anita. Et encore moins avec lui ! Évidemment, cela lui est égal de s’exposer devant tous avec la fille du pendu, il est tellement provocateur. Un commérage de plus ou de moins, il n’a rien à prouver, il n’est pas d’ici. Moi, je ne veux pas des ragots. Je ne veux pas être la risée du village. Je commence tout juste à m’en sortir financièrement, à faire oublier le scandale, je n’ai pas envie qu’il détruise le peu que j’ai réussi à gagner.
- — Tu veux que je te dise ? Un homme comme ça, je ne le laisserais pas passer. D’accord c’est un provocateur, mais c’est un homme qui t’aime. Et parce qu’il t’aime, il saura toujours te protéger de la méchanceté des bigotes.
- — Qu’en sais-tu ? Il a connu tant d’aventures qu’il ne sait pas démêler ce qu’il ressent, ce qu’il me dit de ce jeu de séduction dont il use et abuse. Le jour où il sera lassé de moi il passera à une autre sans la plus petite inquiétude. Mais moi, je devrai rester là, assumer les conséquences, comme j’ai dû le faire quand mon père s’est pendu. Anita, tout séduisant qu’il est, je ne crois pas qu’il ait dans l’idée de m’épouser. Et je ne veux pas souffrir pour avoir été la maîtresse affichée d’un don Juan.
- — Alors tu vas refuser son cadeau ?
- — Oui. Et c’est toi qui seras mon ambassadrice.
- — Moi ?
- — Oui… Tu lui livres bien du linge toutes les semaines, non ?
- — C’est ma tante qui y va. Maman a peur qu’il me saute dessus.
- — Ça n’a pas d’importance. Tu n’auras qu’à glisser son linge dans la boîte par-dessus les tissus. Ta tante lui portera. Il comprendra.
Anita soupira.
- — Ce ne sera pas discret. Il vaudrait mieux les envelopper dans le papier ordinaire des livraisons. Et puis, c’est tellement dommage ! Les tissus sont beaux… surtout la soie !
- — C’est vrai. Je dois reconnaître qu’il a un goût parfait. Mais… les garder ce serait accepter son invitation. Je ne veux pas l’entretenir dans l’illusion que je réponds à ses attentes. Ce serait cruel et malhonnête. Il pourra toujours trouver une cavalière à qui il fera ce genre de présent. Ne t’inquiète pas pour ça !
- — Comme tu voudras ! Je dois lui repasser quelques chemises. Demain après-midi, je rajouterai les tissus dans le paquet qui doit lui être livré. Il n’empêche que je trouve triste que tu cèdes à la raison plutôt qu’à l’amour…

