Histoires Coquines - Première séance
Élodie
4 – Premier orgasme.
Dimanche et lundi, elle fut nerveuse. Elle n’avait pas vraiment regardé le film dimanche soir, l’esprit complètement ailleurs. Lundi, elle déjeûna dans un parc non loin et apprécia la solitude du grand espace vert. Plongée dans ses pensées, elle s’imagina le déroulement de la journée du lendemain. Cependant, elle ne voulait pas trop y penser, de peur d’être déçue. Elle fit donc son possible pour s’occuper afin de se vider au maximum l’esprit mais cela ne fonctionna en fait pas tant elle était angoissée. Enfin, le mardi attendu arriva. Elle se leva à dix heures, heureuse de pouvoir dormir autant. Elle passa le reste de la matinée à se préparer puis descendit. Gilles l’attendait en bas à l’heure qu’ils avaient convenue ensemble la veille par téléphone. Ils se saluèrent et s’embrassèrent, avant d’entrer dans le véhicule garé devant le porche de l’immeuble.
- — J’aime beaucoup l’ensemble que tu portes, annonça Gilles.
- — Merci beaucoup, dit Élodie.
Gilles l’emmena dans un autre restaurant de la ville, tout aussi sympathique que le tout premier. Ils discutèrent avec enthousiasme et joie. Puis, ils se rendirent dans l’appartement de Gilles et, plus ils s’approchaient de son deux-pièces, plus Gilles souriait de voir sa soumise se crisper. La nervosité de la jeune femme était transparente et cela amusait son maître.
- — Calme-toi, tout va bien se passer, assura-t-il.
Élodie hocha la tête mais elle ne put s’empêcher de serrer sa jupe dans son poing. Enfin, l’immeuble où demeurait Gilles fut en vue et l’excitation d’Élodie monta encore d’un cran. Gilles se gara exprès sur un parking éloigné afin d’être forcé de marcher un peu. Il en profita pour prendre Élodie par les hanches et se montra aimant et tendre avec elle. Élodie apprécia mais ces attentions ne la calmèrent pas, bien au contraire. Lorsqu’ils entrèrent dans l’appartement, ils n’avaient toujours pas échangé un mot, Élodie étant bien trop nerveuse pour tenir une quelconque conversation. Gilles referma la porte avec soin puis rejoignit Élodie dans le salon. Elle était restée debout, ne sachant trop que faire.
- — Assieds-toi, je t’en prie.
Elle s’exécuta mais ses mains tremblaient.
- — Tu veux boire quelque chose ?
Élodie avait la gorge sèche mais elle ne se sentait pas capable d’avaler quoi que ce soit.
- — Non, merci, répondit-elle.
Gilles disparut dans la cuisine et revint avec un plateau de jus de fruit et d’alcool. Il se servit un verre de cognac et s’en but une lampée avant de poser une main sur la cuisse d’Élodie et de souffler doucement :
- — Tu es plus que nerveuse. Détends-toi.
- — Je crois que je ne serai pas capable de me détendre.
- — Et moi, je suis persuadé que dans l’heure qui va venir, tu vas te détendre, beaucoup même…
Élodie rougit et sourit à cette réplique. Il avala une autre gorgée puis se leva et, d’un geste, proposa à Élodie de faire de même. Elle s’exécuta puis le suivit jusque dans sa chambre.
- — J’ai toujours aimé la chambre et le lit comme lieu et accessoire, annonça Gilles.
Il referma la porte avec soin puis lança :
- — Cet appartement est à moi. J’en suis propriétaire. J’ai donc pu y faire les travaux que je voulais. Cette pièce est totalement insonorisée. Quoi qu’il s’y passe, les voisins n’entendront rien.
Élodie rougit de ce sous-entendu. Il l’amena vers lui et l’embrassa. Élodie voulut l’enlacer mais il lui prit les mains et les lui ramena dans le dos avec autorité mais sans violence.
- — Soumise, tu ne devras jamais me toucher sans ordre. Garde tes mains dans le dos.
- — Bien, maître, répondit Élodie.
Ce premier geste d’autorité lui avait envoyé une légère décharge dans le ventre. Oui, décidemment, elle adorait ces relations de domination. Elle tint ses mains derrière elle pendant qu’il l’embrassait et lui caressait la nuque et les cheveux avec tendresse et douceur. Ensuite, il l’éloigna de lui d’un geste ferme mais gentil.
- — Déshabille-toi, ordonna-t-il.
Élodie se savait pudique mais elle savait également qu’elle lui faisait suffisamment confiance pour obéir à cela sans difficulté. Elle commença donc par retirer son gilet.
- — Remets-le, dit-il dès qu’il fut au sol.
Élodie obéit puis attendit la suite.
- — Élodie, tu n’es pas en train de te débarrasser de tes vêtements comme quand tu rentres du travail et que tu veux vite prendre une douche. Non, tu es en train de te dévêtir devant moi, pour moi. Penses-y. Recommence.
Élodie se sentait un peu penaude mais se promit de se racheter. Elle lui offrit donc le meilleur strip-tease qu’elle put faire et le sourire de son maître la rassura énormément quant au bon accomplissement de ce geste inhabituel. Lorsqu’elle fut en sous-vêtements, il lui fit signe de se rapprocher. D’elle-même, elle remit les mains dans son dos et le laissa l’admirer à souhait. Sa lingerie était noire et agrémentée de dentelles fines mais très jolies.
- — J’aime beaucoup cet ensemble. Tu en as beaucoup comme celui-là ?
- — Un seul, maître, répondit Élodie.
- — Tu l’as acheté spécialement pour moi ?
- — Non, maître, pour mon précédent petit ami.
Gilles hocha la tête puis lui fit signe de s’approcher plus près. Il l’embrassa alors de cette manière si merveilleuse, tout en en profitant pour laisser courir ses mains sur le corps presque dénudé de sa soumise, appréciant le contact de sa peau douce. Pendant son strip-tease, il avait été ravi de voir qu’elle était épilée de près et ses caresses le confirmèrent. Élodie se sentait de plus en plus excitée à chaque baiser et caresse. Elle avait envie de le toucher mais ne comptait pas lui désobéir si tôt. Elle garda donc gentiment ses mains dans son dos et le laissa profiter de son corps tout son saoul. Il finit par la repousser une nouvelle fois et lança :
- — Ôte le haut.
Élodie retira son soutien-gorge, qui dévoila une poitrine classique avec des mamelons d’une taille normale. Gilles s’approcha et soupesa la poitrine offerte. Ce faisant, il leva les yeux sur sa soumise et fut plus que ravi de constater qu’elle avait les yeux baissés sur le sol.
- — J’adore ta façon de comprendre très vite les choses…
- — Comment cela, maître ?
- — Je ne te l’ai pas demandé, et tu as une attitude soumise. Je t’ai dit une seule fois de garder les mains dans le dos et tu le fais à chaque fois à mon approche. Je suis réellement ravi. C’est très rare.
- — Alors finalement, la jeune femme fière et hautaine se laisse facilement soumettre ? dit-elle d’un ton espiègle.
- — Ça, ma belle, ça reste à voir, lui murmura-t-il au creux de l’oreille.
Élodie sourit de plus belle. Elle sursauta lorsque Gilles la repoussa avec plus de force que d’habitude, l’obligeant à tomber en douceur sur le lit derrière elle.
- — Ôte le bas en restant allongée et écarte les jambes dès que tu le peux. Je veux te voir t’offrir.
Élodie obéit. Elle retira le dernier bout de tissu recouvrant sa peau avec délicatesse et lenteur. Elle voulait prendre son temps et il semblait apprécier. Lorsqu’elle l’ôta, elle sourit en voyant Gilles sursauter légèrement. Il venait de voir son minou exempt de tout poil.
- — Tu as fait ça spécialement pour moi ? Demanda-t-il.
- — Ça fait plusieurs mois maintenant que je le fais, répondit Élodie.
- — Ton précédent petit ami te l’a demandé ?
- — Oui, mais je le lui avais refusé.
- — Alors pourquoi l’as-tu finalement fait ?
- — Pour moi, j’ai voulu essayer et ça m’a plu, voilà tout.
- — Et bien, sache que cela me plait aussi beaucoup. Tu es autorisée à continuer.
Élodie sourit et déposa sa culotte sur le sol tout en gardant les cuisses bien écartées à la demande de son maître. Gilles la mata un long moment avant de regarder autour de lui et d’annoncer :
- — Cette chambre est fort mal rangée, il y a des vêtements qui traînent un peu partout. Ramasse-les.
Élodie plissa légèrement les yeux. Elle lui avait pourtant bien dit qu’elle ne voulait pas être sa bonne. En même temps, il lui demandait de ramasser ses vêtements à elle. Elle décida donc d’obéir et de voir où il voulait en venir. Elle se leva et s’accroupit pour ramasser le premier vêtement.
- — Non, non, ma belle, penches-toi, ne t’accroupis pas.
Là, Élodie comprit. Il voulait la voir dans des positions indécentes. Ce fut donc avec le sourire qu’elle ramassa les vêtements un par un, alors qu’elle aurait pu tous les prendre d’un coup. Elle alla poser chacun d’eux, bien plié, sur une chaise. À chaque nouveau vêtement, elle se penchait en avant en lui offrant ses fesses et écartait les jambes pour que la vue soit encore meilleure. Lorsqu’elle eut fini, il lui fit signe de s’approcher, la mit debout dos à lui, lui plaça les bras à l’horizontale puis lui empoigna les seins qu’il pétrit avec fougue tout en lui apposant des petits baisers sur la nuque. Cette position électrisa la jeune femme. Elle ne bougea pas les bras, comprenant que c’était le désir de son maître. Il déposa des baisers sur le haut de son dos et sur sa nuque tout en lui malaxant la poitrine pendant un long moment. Il joua avec le bout des seins de sa soumise, durcis par le plaisir, et elle ne lui sembla pas si sensible que ça. Ces précédents partenaires avaient du s’y prendre vraiment mal. Il les lui pinça doucement et Élodie sursauta mais ne cria pas. Au contraire, elle y prit du plaisir ce qui rassura Gilles. Il aimait en effet beaucoup jouer avec la poitrine de ses partenaires et être en mesure de le faire avec Élodie lui plaisait énormément.
- — Allonge-toi, souffla-t-il et elle obéit.
Elle choisit elle-même la position sur le dos et se plaça au centre du lit deux places. Il sourit, la rassurant ainsi dans ce choix puis se plaça près d’elle, sur le lit. Il l’embrassa et lui caressa les seins, puis sa main droite partit explorer une zone plus chaude et plus humide. Il fut surpris de la trouver moins mouillée que les préparatifs auraient dû l’amener à l’être. Il continua à la caresser et se mit à jouer avec le clitoris de sa partenaire mais malgré ses gémissements, elle ne mouillait pas plus. Cela aurait été largement suffisant pour permettre une pénétration sans douleur, mais Gilles ne l’entendait pas ainsi.
- — Ne bouge pas, dit-il avant de se lever.
Élodie ne bougea pas d’un pouce, gardant sa position allongée jambes écartées. Elle vit son maître ouvrir un tiroir et fouiller à l’intérieur. Dans sa position, elle ne pouvait en voir le contenu mais les bruits, tant métalliques que doux, l’intriguèrent énormément. Elle le vit alors sortit des bracelets de cuir sertis d’anneaux, des doubles mousquetons et un foulard. Rien qu’à cette vision, elle sentit son ventre mouiller davantage. Il lui plaça d’abord les bracelets aux poignets. Ils étaient très confortables et il les serra convenablement. Puis, il les attacha à l’aide des mousquetons à deux anneaux fichés dans le mur, qu’Élodie n’avait jusque là pas remarqués tant ils se fondaient dans le décor. Bras écartés, elle ne pouvait plus bouger. Il lui mit alors le bandeau sur les yeux et serra doucement. Élodie se sentait merveilleusement bien, reposée, calme, en confiance. Lorsqu’il la caressa, elle sursauta, frémit et gémit doucement. Gilles en fut ravi. Elle était beaucoup plus sensible ainsi. Il plaça sa main sur l’intimité de sa soumise et la découvrit cette fois complètement imbibée, presque dégoulinante. Il sourit. Finalement, cette jeune femme ne se connaissait pas si mal. Oui, elle savait ce qui la faisait décoller. Il se plaça entre les jambes de sa soumise et caressa doucement l’extérieur de son abricot ouvert avant d’en approcher sa langue. Lorsqu’il lui mit un léger coup de langue, elle fit un bond et cria de surprise. Ce n’était pas peu dire qu’affirmer qu’elle était maintenant totalement réactive. Gilles ne pouvait pas rater son cunnilingus dans ces conditions. Elle était enfin prête. Il commença par déguster le contour de sa vulve puis s’enfonça entre ses grandes lèvres, naviguant avec précaution, guettant les moindres réactions de sa partenaire. Lorsqu’il effleura son clitoris, Élodie haletait et tremblait. Il se rendit compte qu’elle avait chaud. Un bon point. Il n’insista pas sur le petit bouton, ne voulant pas qu’elle parte trop vite et concentra d’abord ses efforts sur les lèvres intérieures, qu’il lécha avec application, désireux de bien goûter sa nouvelle partenaire de jeu. Il la trouvait délicieuse et en reprit donc un peu, alors qu’Élodie gémissait de plus en plus, tirant sur ses liens et resserrant les cuisses que Gilles la forçait à maintenir écartées. Lorsque Gilles eut bu tout son saoul du nectar de sa jeune soumise, il se recula un peu et souffla :
- — Élodie ?
La jeune femme, prise dans son plaisir, ne semblait pas l’entendre.
- — Soumise ? insista-t-il.
- — Oui, maître ?
Gilles sourit. Oui, décidemment, cette femme lui plaisait beaucoup.
- — Je t’interdis de jouir sans mon consentement. Quand tu sens que ça va venir, demande-moi la permission avant. Tu as compris ?
- — Oui, maître, répondit Élodie.
Ravi, il décida alors de passer aux choses sérieuses. Il s’amusa avec son clitoris. Il l’enroula de sa langue et le suça doucement. Élodie décolla immédiatement. Ses cris se firent plus rapprochés, plus aigus, plus profonds. Son ventre se secoua de spasmes, d’abord doux, puis plus violents et enfin, elle explosa. Elle avait été incapable de prévoir l’explosion, ne l’ayant jamais ressenti. Gilles continua à jouer avec elle, se délectant de ses cris de plaisir. Elle serrait les cuisses mais Gilles ne cessait pas. Il voulait que l’orgasme de sa soumise dure encore. Il voulait qu’elle se souvienne de cette soirée, la première où elle avait connu le vrai plaisir sexuel physique. Il ne cessa pas lorsqu’elle lui murmura « Assez » mais uniquement lorsqu’il considéra que cela était suffisant. Elle se détendit à l’instant où il s’écarta mais les spasmes qui secouaient son corps, eux, ne cessèrent qu’après plusieurs minutes. Lorsqu’elle fut en mesure de parler, elle souffla :
- — Pardonnez-moi maître. Je… je ne l’ai pas vu venir.
Gilles lui souriait mais Élodie ayant les yeux bandés, elle ne pouvait pas le savoir. En fait, il aurait été surpris qu’elle soit en mesure de lui demander l’autorisation avant de jouir mais il cherchait à tester sa manière d’agir après sa désobéissance. Ses excuses étaient un bon début. Il attendit, mais elle ne dit rien de plus.
- — Et ? dit-il, pour l’adjoindre à en dire davantage.
- — Euh… que voulez-vous que je dise à part que je suis sincèrement désolée, dit Élodie, visiblement perdue.
- — Tes regrets ne me suffisent pas, annonça-t-il d’une voix ferme mais gentille.
Élodie enregistra la phrase mais ne comprit pas ce qu’il attendait d’elle. Il attendit un peu mais comme la jeune femme ne disait rien, il lança :
- — Penses-tu mériter une punition pour ta désobéissance ?
Élodie fut totalement prise de court. Elle ne s’y attendait absolument pas. Elle réfléchit rapidement puis, ne voulant pas le décevoir, comprenant que cette question n’en était en fait pas une puisque n’amenant qu’une seule réponse acceptable, elle souffla :
- — Oui, maître.
- — La prochaine fois que tu penseras mériter une punition, je veux que tu me le dises toi-même, sans que j’ai besoin de demander.
- — C’était cela que vous attendiez de moi ?
- — Oui, répondit simplement Gilles.
- — Alors vous avez bien fait de ne pas attendre, je n’en serai pas arrivée là toute seule.
Gilles rit doucement à cette réplique. Le contraire l’aurait en fait beaucoup étonné.
- — Comme on ne se connaît pas encore très bien, je vais décider de la punition moi-même mais par la suite, ça sera à toi de le faire.
- — Bien, maître.
Gilles détacha alors sa soumise, lui ôta son bandeau et lui fit signe de se lever.
- — Mets-toi à une trentaine de centimètres du mur à côté de l’armoire, dos à moi, pose tes mains à plat sur le mur et cambre le dos.
Élodie obéit point à point, offrant ainsi ses fesses à son maître. Elle était parfaitement consciente de sa position et elle l’excitait d’ailleurs terriblement. Elle se tourna alors vers Gilles qui ouvrit l’armoire, fouilla puis la referma. Élodie trembla en voyant qu’il tenait une cravache noire dans sa main. Elle se redressa légèrement.
- — Reste en position, ordonna-t-il, à moins que tu ne penses pas mériter cette punition ?
- — Non, non, maître, je la mérite. Pardon.
Elle se cambra à nouveau, les fesses bien offertes.
- — Trois coups, annonça-t-il. Reste en position, même entre les coups. Je ne veux pas que tu bouges. Si tu le fais, je serai dans l’obligation de recommencer. Tu as compris ?
- — Oui, maître, dit Élodie.
Elle le regardait, se tordant ainsi le cou, afin de voir la sentence venir. Lorsqu’il le remarqua, il cingla :
- — Pas si soumise, finalement ! Regarde le sol !
Élodie détourna le regard et se remit dans une position plus droite. Le maître posa d’abord doucement la cravache sur les fesses de sa soumise puis l’éloigna et la frappa, sans trop de force toutefois. La douleur fut intense. Élodie hurla et se redressa légèrement avant de se remettre en position. Elle souffrait énormément, peu habituée à être ainsi traitée, mais elle ne voulait pas décevoir son maître. Elle accepta donc sans broncher le second coup, bien qu’il lui semblât dix fois plus violent que le premier. Elle eut l’impression que le troisième lui arrachait la peau et elle fondit en larmes, mais elle ne broncha pas. Elle ne se redressa que lorsqu’il la prit dans ses bras et la câlina tendrement. Il la berça gentiment, séchant ses larmes, lui murmurant des mots réconfortants d’une voix douce et apaisante. Il lui disait qu’il était fière d’elle, qu’elle était une très bonne soumise, qu’elle avait réussi beaucoup aujourd’hui. Élodie finit par se calmer entre les bras de son maître. Il lui prit alors le visage entre les mains et elle lui sourit. Il l’embrassa doucement puis lui lança :
- — Va te prendre une douche, tu en as bien besoin. Ensuite, nous prendrons une petite collation.
- — D’accord.
Gilles allait sortit de la chambre lorsqu’il lança :
- — Oh ! Au cas où tu douterais ce que tu dois faire, reviens dans le salon habillée.
- — D’accord, répéta Élodie.
Elle se rendit alors dans la salle de bain attenante à la chambre et prit une douche plutôt rapide. Elle voulait en effet profiter au maximum de la présence de Gilles. Des douches, elle pouvait en prendre chez elle. Elle revint donc dans le salon moins de dix minutes plus tard.
- — Tu pouvais prendre ton temps, fit remarquer Gilles. Rien ne pressait.
- — Je veux profiter au maximum de toi ! répliqua Élodie.
Gilles ne se plaignit pas du tutoiement. Il se contenta de lui désigna la place près de lui sur le canapé. Ils s’embrassèrent, se câlinèrent tendrement une dizaine de minutes puis Gilles lui prit une main et demanda :
- — Qu’as-tu pensé de cette première séance ?
- — J’ai mal quand je m’assoie, répondit-elle en souriant.
Gilles rit doucement à cette réponse à laquelle il ne s’attendait pas. Il secoua la tête en souriant puis montra qu’il attendait qu’elle continue.
- — À part ça, j’ai adoré.
- — Tout ? demanda Gilles.
Elle plissa les yeux, fit la moue puis sourit avant d’annoncer :
- — Oui, tout.
- — Même de jouer à la femme de ménage ? insista Gilles d’une voix espiègle.
- — Tu as su rendre érotique cette scène très banale. C’était génial.
- — On va peut-être faire quelque chose de toi, finalement, dit Gilles en souriant de plus belle.
Élodie rit de la phrase puis souffla d’un ton plus posé et plus sérieux :
- — Je savais qu’on pouvait avoir beaucoup de plaisir, mais le vivre, c’est réellement différent. C’est… génial, je ne trouve pas d’autre mot. Merci, vraiment.
- — Ce fut un plaisir, répondit Gilles. Tu as apprécié la punition ?
- — Je n’apprécie pas de souffrir, répondit Élodie, mais j’ai aimé que tu me punisses. C’est bizarre, non ?
- — Pas du tout non, ça prouve, s’il en était encore besoin, que tu aimes vraiment être soumise.
Élodie sourit. Cela, elle le savait mais elle apprécia que son maître le lui dise aussi clairement.
- — J’ai envie d’autre chose, maintenant, annonça soudain Gilles en lui envoyant un regard brûlant.
- — Tout ce que vous voulez, maître, annonça Élodie.
- — Mets-toi à genou devant moi, annonça-t-il en écartant les genoux.
Pour Gilles, c’était le moment de vérité. Élodie avait clairement annoncé qu’elle ne ferait cela que devant un homme qu’elle considérerait le mériter. Lui avait-il prouvé qu’il était ce qu’elle attendait de lui ? Sa réaction lui donnerait la réponse et Élodie ne se fit pas attendre. Elle obéit sans broncher, s’agenouillant volontairement. Gilles lui tendit un coussin qu’elle plaça sous ses genoux puis lança :
- — Je veux voir tes seins nus.
Élodie se dévêtit, en n’oubliant pas qu’elle le faisait pour lui puis attendit, le dos bien droit et les mains dans le dos, offerte aux yeux avides de son maître.
- — Garde tes mains dans le dos, annonça-t-il en ouvrant sa fermeture éclair.
Il dégagea ainsi lui-même son sexe en faisant descendre le pantalon et le caleçon fin qu’il portait en dessous. Sa verge était aussi classique que le reste du corps de son propriétaire, tant de taille, que d’aspect ou de diamètre.
- — Fais ce que j’attends de toi, dit-il alors.
L’ordre ainsi tourné fit sourire Élodie. Ayant demandé qu’elle garde les mains dans le dos, il ne pouvait désirer qu’une chose. Il savait qu’Élodie n’avait jamais pratiqué cet acte et il n’ignorait pas non plus qu’elle avait lu de nombreux écrits érotiques. Ce qu’il ignorait en revanche, c’est qu’elle s’était renseignée sur ce geste afin d’être en mesure de l’effectuer le mieux possible lorsqu’elle en aurait l’occasion. Elle fit donc son possible pour suivre les conseils lus dans divers endroits interdits aux mineurs. Elle commença par lui donner des coups de langue. Le sexe de son maître était déjà à moitié en érection et elle put donc le prendre en bouche sans trop de difficultés. Elle suça doucement le gland, taquinant sa base de ses lèvres puis de sa langue. Doucement, elle l’avala, centimètre par centimètre, en allant et venant avec douceur, guettant les réactions de son maître. Gilles, lui, regardait agir sa soumise. Il apprécia grandement qu’elle le regarde sans avoir à le lui demander et également qu’elle semble aussi douée dans cet art censé être nouveau pour elle. À force d’avancer, elle l’eut bientôt entièrement en bouche. Elle le suça avec avidité. C’était sa première fois et elle aimait ça. Elle en était elle-même étonnée. Elle comprit alors que c’était plus de sentir et d’entendre le plaisir de cet homme qu’elle léchait qui lui plaisait que l’acte en lui-même. Emplie d’empathie, son plus grand bonheur était de faire plaisir aux autres. Le voir réagir, grogner, parfois même rugir sous ses coups de langue et ses succions la rendait profondément heureuse. Elle ne se rendait qu’à peine compte du goût dans sa bouche tant elle était concentrée sur les réactions de son amant.
Elle le sentit se contracter. Elle comprit qu’il allait jouir et calma le jeu, préférant que cela dure un peu plus longtemps. Elle voulait en profiter au maximum et lui plaire le plus possible. Il ne la regardait plus, enivré par le plaisir qu’elle lui offrait. Lorsqu’elle le sentit plus calme, elle reprit ses caresses buccales avec plus de force. En fait, elle voulait qu’il tienne assez longtemps pour essayer quelque chose. Elle avait lu qu’en enfonçant la hampe au fond de sa gorge, elle apporterait plus de plaisir à son partenaire. Elle savait également que cela était difficile à réaliser car il y avait de forts risques de nausées pour la femme. Elle voulait tenter, même si elle devait finalement ne pas y arriver. Elle se dit que son maître ne lui en voudrait sûrement pas d’avoir voulu lui donner plus de plaisir. Elle tenta donc de mettre le sexe dressé en contact avec son épiglotte. Immédiatement, elle eut un mouvement de recul, mais il fut léger car elle s’y attendait. Elle reprit ses massages doux, se remettant elle-même en confiance puis tenta à nouveau l’expérience, cette fois au courant de l’impression engendrée. Elle retint sa respiration et l’enfonça plus profondément. Cette fois, elle accepta l’élément perturbateur plus de cinq secondes après quoi elle recula pour reprendre son souffle et se donner le temps de supporter la nausée. Elle continua à jouer avec le sexe de son maître après quoi elle le renfourna. Cette fois, elle le garda longtemps. Elle recula lorsqu’elle n’eut en fait plus d’air, reprit son souffle puis le remit en place au fond de sa gorge. Gilles gémissait, haletait, tremblait. Bientôt, incapable de se retenir, il souffla :
- — Je… je vais jouir.
Élodie enserra alors plus fortement le bâton et la première giclée resta donc sa bouche. Elle trouva plus désagréable la texture que le goût. Elle avala le jus ainsi que les portions suivantes. Lorsque Gilles eut enfin terminé, elle lui lécha le sexe en train de mollir doucement, jusqu’à ce qu’il soit parfaitement propre.
- — Tu es géniale ! lança-t-il.
- — Je suis heureuse de vous plaire, maître, dit Élodie en se redressant.
Il l’embrassa avec fougue, enfonçant sa langue loin dans sa bouche. Élodie s’amusa à la sucer et à la lécher comme s’il s’agissait encore de la verge de son maître et Gilles en gloussa de plaisir. Finalement, Gilles la repoussa gentiment et lui proposa de se rhabiller. Élodie comprit que cela mettait fin à la « séance ». Elle s’allongea sur le canapé et posa sa tête sur les cuisses de son maître, qui avait lui aussi remis en place ses vêtements.
- — Tu es douée pour une néophyte, lança-t-il en lui caressant le visage. M’aurais-tu menti ?
- — Jamais ! s’exclama-t-elle d’un ton laissant sous-entendre qu’elle était outrée d’une telle accusation. Je me suis renseignée, c’est tout.
- — Vraiment ? J’approuve, dit-il.
Élodie s’explosa de rire.
- — J’aime quand tu ris, dit Gilles.
Élodie embrassa son amant. La petite séance dédiée à son maître l’avait terriblement excitée et elle avait envie de plus que de simples caresses sur son visage. Elle se redressa donc et se plaça à califourchon sur Gilles et l’embrassa en lui passant les doigts dans les cheveux. Son baiser fut plus qu’entreprenant tandis qu’elle bougeait ses hanches de manière très claire quant à ses volontés. Gilles lui attrapa alors les poignets et la repoussa gentiment avant de souffler :
- — Tu veux du sexe ? Parce que si c’est le cas, alors il va falloir en discuter, ma belle.
Il la maintenait sans force mais avec fermeté. Élodie baissa les yeux.
- — Ce n’est pas un reproche, assura-t-il alors. C’est une simple constatation.
- — Ça ne te plaisait pas ? demanda-t-elle.
- — Tout dépend ce que tu entends par là, dit-il. C’était agréable, à n’en pas douter, mais je suis un dominateur dans l’âme et je préfère être aux commandes. Ça ne veut pas dire que tu ne pourras jamais être dans cette position avec moi, c’est juste que ça sera uniquement sur ma demande. Assieds-toi à côté.
Il la lâcha et elle obéit.
- — Réfléchis bien à la question que je vais te poser, c’est très important, annonça alors Gilles. Désires-tu que tout ébat sexuel soit géré par la relation de dominant à soumise ou bien désires-tu qu’il soit parfois possible d’agir de façon, disons, plus classique ?
Élodie fixa d’abord Gilles dans les yeux puis détourna le regard. Elle n’avait aucune idée de la réponse. Elle se leva, se dirigea vers la fenêtre et regarda dehors. Elle observa la rue calme et les passants qui ignoraient tout de ce qui se passait à quelques mètres seulement d’eux. Ils allaient et venaient, du supermarché à leur domicile, du travail au cabinet de dentiste, certains regardant droit devant eux et d’autres, au contraire, rasant les murs en fixant obstinément le sol. Élodie contemplait la vue et Gilles ne l’interrompit pas dans ses réflexions. Elle repensa alors à ces deux premières séances puis tenta de s’imaginer du sexe « classique » avec Gilles, sans domination, avec équité voir avec de la domination de sa part à elle. Cette idée lui parut tout sauf familière. Elle la révulsa presque. Gilles, de son côté et bien qu’il n’en montrât rien, attendait fébrilement la réponse de la jeune femme. En effet, il ne s’imaginait absolument pas le sexe sans relation de domination. Si elle répondait qu’elle voulait être en mesure de ne pas être sa soumise de temps à autre, alors il la quitterait, même si cela devait lui faire mal au cœur. De sa réponse dépendait donc l’avenir de leur relation. Étaient-ils vraiment sur la même longueur d’onde ?
- — Non, dit soudain Élodie en se retournant. Je ne veux pas de relations classiques. Je veux être ta soumise tout le temps. Enfin, lors de tout ébat sexuel.
Gilles en soupira d’aise. Finalement, oui, ils étaient totalement d’accord.
- — En ce cas, dit Gilles en reprenant son souffle qu’il lui semblait avoir retenu pendant toute la réflexion de sa compagne, ce que tu viens de faire t’est formellement interdit. En tant que soumise, tu ne dois jamais me toucher sans ordre allant en ce sens. Ça ne veut pas dire que tu ne peux pas m’embrasser si tu le souhaites. Si tu veux me pincer les fesses dans une file d’attente au cinéma, libre à toi !
Élodie sourit à cette remarque.
- — Mais dès que ça devient sexuel, continua Gilles, alors tu dois me laisser faire. C’est clair ?
- — Oui, mais cela signifie-t-il que tu seras le seul à proposer des « moments » sexuels ? Je ne pourrai pas en avoir quand je le désire ?
- — Bien sur que si, ma belle, tu auras le droit de demander, mais j’aurai aussi le droit de refuser.
- — Comment demander ? Il me semble être plutôt… anti-érotique que de le demander clairement.
- — Hum… marmonna Gilles. Tu as raison. Laisse-moi réfléchir. Ah ! Que penses-tu de…
À ces mots, il se leva et disparut dans la chambre. Élodie attendit, toujours adossée à la grande fenêtre du salon. Gilles revint, une main cachée dans son dos et lorsqu’il fut près d’elle, lui tendit l’objet jusqu’à là dissimulé à son regard. Il s’agissait d’un des bracelets sertis d’anneau lui ayant permis de la maintenir moins d’une heure auparavant.
- — Donne le moi, et je saurai ce que tu veux. Ça te convient, comme code ?
- — Parfaitement, dit Élodie en prenant le bracelet.
- — Tant mieux, dit-il en se retournant pour aller s’asseoir.
- — Gilles ? lança-t-elle alors.
- — Hum ?
Il se tourna vers elle pour la voir lui tendre le bracelet. Il sourit en secouant la tête, prit le bracelet puis annonça :
- — Non, cela suffit pour une première séance. Il vaut mieux y aller doucement. Que dirais-tu d’une promenade en ville ?
Élodie fit la moue puis souffla d’une voix légèrement boudeuse :
- — Je veux bien.
- — Pas de caprice, jeune fille ! gronda Gilles.
La moue sur le visage d’Élodie grandit encore, rendant son visage encore plus enfantin puis elle éclata de rire et Gilles la rejoignit dans cette démonstration sonore de bonne humeur. Quelques minutes plus tard, ils étaient dehors. Ils se promenèrent plus de deux heures, s’arrêtant dans un café pour boire un verre et se reposer puis Gilles raccompagna Élodie chez elle. Elle dîna donc seule, revivant la merveilleuse journée qui venait de s’écouler. Elle était ravie, aux anges. Elle ne voulait qu’une chose : que cela se produise à nouveau.
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Élodie
1 - La rencontre
Élodie souleva ses coudes de la table pour permettre au serveur de poser son plat de résistance devant elle : du poulet aux amandes et nouilles dont il se dégageait une odeur sublime. Ce repas, qui avait déjà bien commencé, promettait de continuer sous les meilleurs auspices. Tout en mettant en bouche une première fourchetée, elle tenta de se souvenir des desserts proposés et de celui qu’elle pourrait prendre.
- — Élodie ?
La jeune femme leva les yeux sur sa mère et se souvint qu’elle lui avait posé une question.
- — Oui, oui, le réparateur est venu. La machine à laver remarche enfin, répondit Élodie après avoir avalé.
- — Ah, parfait, c’est super. Tu vas pouvoir cesser d’aller à la laverie.
- — Oui, c’est sûr que j’en avais assez. Ce n’est vraiment pas mon truc ces endroits-là.
La mère d’Élodie sourit et avala à son tour un morceau de son plat chaud. Assez régulièrement, Élodie voyait ses parents. D’habitude, son grand frère était également présent, mais, ce jour-là, il déjeunait chez les parents de sa compagne. Bien sûr, ils n’allaient pas toujours au restaurant, cela aurait coûté trop cher, mais ils se faisaient ce plaisir de temps à autre. Celui-ci, d’un prix assez élevé, affichait cependant des plats à la hauteur des tarifs. Élodie avala une nouvelle bouchée alors que son père et sa mère discutaient. La conversation continua ainsi pendant quelques minutes, lorsqu’Élodie se rendit compte que la salle était devenue plus silencieuse. Des chuchotements se faisaient entendre, mais rien de plus. Elle regarda autour d’elle et constata que tous les clients avaient les yeux fixés vers le même endroit, devant elle. Elle se tourna dans cette direction pour voir arriver quatre nouveaux clients. C’était eux qui attiraient ainsi l’attention et il y avait de quoi. Il y avait deux couples. Le premier était très simple : tous deux d’une quarantaine d’années, habillés chic mais sans volonté d’époustoufler, ce n’était pas eux qui attiraient les regards.
Le second homme, la trentaine passée, était habillé très simplement d’une chemise noire et d’un pantalon de ville de la même couleur. Il avait un visage banal, des yeux marron d’un classique sans mesure, et un physique de passe-partout. Il n’était ni beau, ni laid, juste dans la norme. Ce n’était pas non plus vers lui que tous les regards se tournaient.
Non, ce qui attirait l’attention était sa compagne, pour autant qu’on ait pu nommer ainsi la femme qu’il tenait au bout d’une laisse. Tout chez cette créature affichait la soumission. Elle se tenait la tête baissée alors qu’à son cou, un collier serti d’un anneau la reliait à son maître par une laisse de cuir. Les clients regardaient avec étonnement cette étrange compagnie qui venait d’entrer dans ce restaurant chic. Trois des nouveaux clients s’assirent tandis que la femme soumise s’agenouilla au sol sur ordre de son maître. Elle resta ainsi prostrée en silence alors que le reste du groupe bavardait en regardant la carte. Les parents d’Élodie, qui s’étaient retournés pour eux aussi voir les nouveaux arrivants, se rassirent normalement.
- — Eh bien, il faut être fou pour faire ça ! s’exclama sa mère.
Élodie sourit à cette phrase et remarqua que son père, lui, ne disait mot. Il n’avait pas acquiescé à sa femme.
- — Fou ? dit Élodie en regardant sa mère. Hum… je ne pense pas. Il faut juste savoir ce qu’on veut et avoir le courage de le faire.
- — Du courage ? En quoi est-ce courageux d’agir de la sorte ? lança sa mère.
- — Ma foi, je crois qu’il en faut pour ainsi exposer ses fantasmes en public ! répondit Élodie.
- — Fantasmes ? répéta sa mère sans comprendre.
- — Maman, cette femme, regarde-la. Elle est vêtue d’une petite jupe moulante, de bas et d’un haut très sexy. Elle porte des bracelets et un collier avec des anneaux. C’est une soumise et cet homme est son maître. C’est sexuel, rien de plus. C’est un jeu. Que croyais-tu que c’était ? Et donc, je la trouve courageuse d’ainsi s’exposer aux regards de tous.
- — Moi, je trouve ça…
Sa mère se contenta de faire une moue dégoûtée, ne parvenant apparemment pas à mettre un mot sur sa sensation. Élodie remarqua en souriant que ça n’était pas l’avis de son père qui se retenait de sourire pour ne pas créer une dispute avec sa femme. Élodie se demanda un instant si son père n’aurait pas aimé être à la place du maître. Après tout, la mère d’Élodie avait toujours été le « chef de famille ». C’était elle qui prenait les décisions et ce depuis toujours. Peut-être son père aurait-il aimé, le temps d’un jeu sexuel, faire de sa femme son esclave ? Élodie sourit à cette idée. Avec ses parents, les questions sexuelles n’avaient jamais vraiment été taboues et cela ne dérangeait absolument pas la jeune femme d’imaginer ses parents au lit. Elle eut surtout de la peine pour son père qui n’oserait jamais avouer ses envies à sa femme.
Élodie reprit son déjeuner en même temps que le reste du restaurant. Cependant, de temps en temps, Élodie levait les yeux vers l’étrange compagnie. Ils avaient commandé mais la soumise n’avait rien eu. Apparemment, elle n’était pas là pour déjeuner. Elle ne reçut aucune forme de nourriture ni ne bougea. Elle resta simplement agenouillée aux pieds de son maître sans bouger ni parler, les yeux baissés. Se rendait-elle compte des centaines d’yeux qui, régulièrement, passaient sur elle ? Probablement. C’était même sûrement ce qui lui apportait du plaisir dans cette situation. Élodie sourit à l’idée que cette femme put apprécier d’être ainsi sous le feu des projecteurs dans cette position humiliante.
Le serveur vint chercher les plats vides et leur donna la carte des desserts. Tout en mangeant sa tarte aux pommes et à la confiture de coings, Élodie regardait la soumise et son maître. Le groupe en était à manger leur plat de résistance. Son père lui posa une question. Élodie répondit mais elle n’était pas vraiment avec eux. Non, elle était assise avec le maître et ses amis… Non, en fait, elle n’était pas assise avec eux, elle était à leurs pieds, comme cette femme. Elle sentit sa respiration accélérée à cette simple pensée. Son cœur se mit à battre avec force et elle rougit en sentant son intimité se tremper. Elle espéra que nul ne l’avait remarqué - et surtout pas ses parents - et se força à se calmer. Si elle se laissait aller, elle finirait par jouir rien qu’en s’imaginant tenue en laisse. Élodie avait toujours fantasmé sur les situations de domination sans jamais pouvoir en vivre. En voir une se tenir devant elle la saisissait. Le dessert finit par se terminer et ses parents commandèrent un café, qu’elle ne partagea pas. Alors que ses parents buvaient tranquillement leur boisson chaude, ayant jusqu’à oublié la présence des autres clients, Élodie, elle, ne pouvait plus détacher ses yeux d’eux. Elle regarda ses parents, qui avaient presque fini le café et pensa :
- — C’est trop bête. Dans quelques minutes, on va partir et je vais rater cette occasion en or.
Elle serra les dents. Elle était d’un naturel timide. Oserait-elle faire ce qui la démangeait depuis l’arrivée des quatre clients ? Elle était en proie à une véritable confusion. Ses pensées s’entremêlaient. Ses envies et ses peurs s’entrechoquaient et Élodie ne parvenait plus à savoir ce qu’elle voulait. Finalement, elle sut qu’elle s’en voudrait toute sa vie si elle n’essayait pas. Il fallait qu’elle le fasse. Elle se força à respirer calmement, regarda la disposition des lieux, fut ravie de constater que tout allait dans son sens puis se tourna vers ses parents et souffla d’une voix la plus posée possible :
- — Je vais aux toilettes. Je reviens.
Ses parents hochèrent la tête et reprirent leur conversation. Élodie se leva. Les toilettes étaient droit devant elle. Ainsi, pour les atteindre, elle devait passer à côté de la table devant laquelle la femme se prosternait toujours. Elle respira fortement à chaque pas, cherchant ce courage qu’elle n’avait d’habitude pas. Elle avait la gorge sèche et les mains moites. Lorsqu’elle passa à côté du maître qui lui tournait le dos, elle stoppa, se pencha légèrement et dans le creux de son oreille, souffla :
- — Pourrais-je pour parler… en privé ?
Sans lui laisser le temps de lui répondre, elle se redressa et se dirigea vers les toilettes sans se retourner. Elle ne s’était jamais sentie aussi fébrile. Elle avait envie d’exploser. Elle se répétait qu’elle avait été complètement stupide. Jamais il ne viendrait et même si c’était le cas, qu’allait-elle lui dire ? Elle descendit les marches menant aux commodités du restaurant. L’escalier menait à un palier sur lequel s’ouvraient trois portes : l’une réservée au personnel, la seconde menant aux toilettes pour femme et l’autre pour les hommes. Élodie attendit sur le palier. Elle s’adossa contre le mur et patienta. Son cœur cognait dans sa poitrine et elle avait l’impression que son sang bouillait, mais il ne venait pas.
- — Pourquoi le ferait-il ? pensa-t-elle. C’est idiot. Ça doit lui arriver tout le temps. Il n’a aucune raison de venir. C’est ridicule.
Mais Élodie n’imaginait pas remonter car, pour rejoindre ses parents, elle devrait forcément repasser devant lui et elle en mourrait de honte. Elle ne savait plus que penser, que faire. Elle n’allait pas non plus rester toute la journée aux toilettes ! Il allait bien falloir qu’elle sorte. Elle regarda sa montre. Cinq minutes. Personne ne restait aussi longtemps aux toilettes. Ses parents allaient finir par s’inquiéter et descendre et que leur répondrait-elle alors ? Dix minutes. C’était vraiment idiot. Il ne comptait pas venir. Elle allait devoir remonter et braver son regard moqueur. Elle s’en voulait tellement. Pourquoi avait-elle fait ça ? Ça ne lui ressemblait tellement pas ! Elle si timide, si réservée, comment avait-elle pu agir de la sorte ?
Pendant tout ce temps, parfois, des clients montaient et descendaient. À chaque fois, elle faisait croire qu’elle allait vers les toilettes, des fois que ça soit ses parents et à chaque fois, elle reprenait sa position d’attente sur le palier.
Lorsqu’elle entendit des bruits de pas, elle se dirigea vers la porte des toilettes des femmes et fit mine d’en sortir. C’était lui. Elle se figea. Il ne lui accorda pas le moindre regard. Il se contenta d’entrer dans les toilettes pour homme. Élodie fixa la porte refermée avec mépris, comme si tout était de sa faute. Elle se demanda quoi faire puis se dit qu’elle le savait très bien. Là encore, c’était à l’opposé de ses actes habituels.
« Maintenant que j’ai commencé, se dit-elle, autant aller au bout. Allez, j’ose. »
Elle poussa la porte des toilettes pour homme en inspirant fortement. Elle savait que deux clients, en plus du maître, s’y trouvaient. L’un d’eux se lavait les mains et la regarda avec un air surpris mais ne dit rien. Le maître lui tournait le dos car il vidait sa vessie dans l’un des urinoirs du fond. Le troisième homme se trouvait apparemment dans une des cabines de toilette. Élodie s’approcha du fond de la pièce et attendit en silence. Le maître ne sembla pas lui porter la moindre attention. Une fois plus léger, il se rhabilla puis partit se laver les mains. Élodie le suivit mais préféra garder le silence. Après tout, sa soumise avait été obligée de se taire pendant tout le repas. Sans doute appréciait-il les femmes sachant se faire discrètes. Élodie baissa alors les yeux sur le sol et attendit le bon vouloir de cet homme. Un client entra dans les toilettes et, remarquant la présence d’Élodie, se choisit une cabine à la place de l’urinoir où il comptait d’abord se rendre et y disparut rapidement. L’autre client dans une cabine en sortit et ne se plaignit pas non plus. Il se contenta de se laver les mains et de sortir.
Le maître, lui, avait pris tout son temps pour bien se frotter, puis se sécher les mains avec soin. Élodie douta qu’il était un maniaque de la propreté. Par contre, qu’il fasse exprès de prendre son temps pour faire durer ce moment était une évidence. Cependant, cela ne dérangea trop la jeune femme. En effet, elle était autant patiente que timide et pudique, ce qui était peu dire. Elle savait prendre du plaisir dans l’attente. Ainsi, à chaque seconde supplémentaire, elle s’excitait davantage.
Enfin, il se tourna vers elle et la détailla de haut en bas. Élodie, de son côté, avait gardé le regard baissé. Après tout, elle l’avait maté pendant tout le repas, il pouvait bien le faire à son tour. Élodie mettait parfois des vêtements mignons et c’était le cas lorsqu’elle allait au restaurant. Elle portait ainsi un décolleté légèrement plongeant laissant apercevoir une partie de son soutien-gorge lorsqu’elle penchait ou lorsque, comme c’était le cas à ce moment-là, on la regardait de haut. Elle avait mis un collier magnifique que ses parents lui avaient offert et qui ornait son cou avec délicatesse. Elle était un peu maquillée mais sans ajout superflu. Ses jambes étaient couvertes par un pantalon de ville noir et elle portait des chaussures fines mais confortables, car, après le déjeuner, ses parents et elle avaient l’habitude de faire une promenade en ville. Élodie s’habillait donc en fonction de cela. Lorsqu’il eut fini de la déshabiller des yeux, il souffla :
- — Que puis-je pour vous ?
Élodie n’avait aucune de ce qu’elle allait répondre. Et pourtant, cela faisait maintenant bien un quart d’heure qu’elle l’attendait dans ce but mais elle n’avait toujours aucune idée précise quand à ce qu’elle comptait dire. Elle ouvrit la bouche pour parler mais aucun son n’en sortit ce qui fit sourire le maître.
- — Je ne vais pas vous manger…
- — Je sais, dit-elle en levant les yeux sur lui. C’est juste que… je n’aie pas franchement l’habitude de faire ça.
- — Le contraire m’aurait étonné, répondit-il en souriant de plus bel.
Élodie se sentit rougir alors que l’homme annonça :
- — Et pourtant, il va falloir me dire la raison de ce rendez-vous.
- — Je sais… souffla-t-elle doucement.
Il fallait qu’elle y arrive. Elle avait fait le plus gros du chemin. Il ne lui restait presque plus rien. Il lui suffisait de terminer ce qu’elle venait de commencer. Il lui prit le menton avec délicatesse et souffla :
- — Personne ici ne va se moquer. Dites-le simplement. On verra après. Ça ne coûte rien et ça peut vous rapporter beaucoup. Allons, mademoiselle, dites-moi ce qui vous brûle les lèvres et vous échauffe le ventre.
Élodie n’en revenait pas. Le regard de cet homme la transperçait et elle avait du mal à avaler sa salive. Sa gorge était sèche et son cœur battait à mille à l’heure. Lui, il souriait simplement du malaise évident de la jeune femme dont il soutenait toujours le menton. Un client entra mais Élodie ne le vit même pas. Ses yeux rivés dans ceux de cet homme, plus rien n’existait. D’une étrange manière, ce fut dans ses yeux qu’elle trouva la force de parler, d’annoncer tout haut ce qu’elle avait toujours rêvé de dire mais qui, jusque là, était resté enfoui au plus profond de son cœur et de son âme. Cette chose, que d’aucun trouverait honteuse, mais qui était tout simplement le chemin vers le plaisir.
- — J’aimerai… enfin, j’ai toujours rêvé d’avoir un maître. Je… je ne vous le demande pas à vous, j’ai bien vu que vous aviez déjà tout ce qu’il vous fallait mais… peut-être que… vous en connaîtriez un…
- — Vous avez déjà été soumise ? demanda-t-il d’un ton plus professionnel que sensuel.
- — Euh… non, non, jamais.
- — Ce n’est donc qu’un fantasme, insista-t-il.
- — Oui, c’est cela, oui.
- — Hum… rien ne prouve en ce cas que vous serez en mesure de l’être. Il y a un gouffre entre un simple fantasme et sa réalisation. Comment savez-vous que cela vous plait si vous n’avez jamais essayé ?
- — Euh… hé bien, d’abord, je… je lis des histoires érotiques sur Internet et celles qui me plaisent le plus sont celles qui proposent ce genre de relation. Ensuite, les vidéos coquines qui m’intéressent sont également de ce genre.
Là, Élodie se mordit la langue car le ton de sa phrase annonçait clairement qu’il y avait au moins une troisième chose. Le maître ne lui laissa pas passer.
- — Et ? demanda-t-il d’un ton entendu.
- — Je… euh… ces raisons ne vous suffisaient-elles pas ?
- — Et ? insista-t-il.
Élodie se fit une raison. Il ne la laisserait pas s’arrêter là. Elle serra les dents et se résolut à lui répondre.
- — Enfin, dit-elle en insistant sur ce terme, je… j’arrive plus vite à jouir lors de mes séances solitaires lorsque j’imagine ce genre de relations.
Élodie avait l’impression d’être rouge de la tête aux pieds mais le maître ne souriait pas. Il écoutait simplement avec intérêt et professionnalisme, ce qui calma grandement Élodie. Il la détailla à nouveau des pieds à la tête avant d’annoncer :
- — Hum… vous me semblez bien… inexperte pour ça. Combien de relations sexuelles avez-vous déjà eue ?
Élodie avala difficilement sa salive tant elle trouvait la question intime. Sa pudeur naturelle revenait au galop et elle baissa les yeux en refusant de répondre. Le maître attendit en silence pendant une minute puis souffla :
- — Si vous ne répondez pas, je m’en vais.
- — Je… trois, j’en ai eu trois, annonça Élodie.
- — Trois compagnons ou trois relations ?
- — Trois relations, avec trois mecs différents.
- — Ça n’a pas l’air de durer longtemps, fit-il remarquer. Combien d’orgasmes ?
- — Aucun, je ne sais même ce que c’est, répondit Élodie en prenant confiance devant cet homme qui ne semblait ni la juger ni se moquer mais simplement en savoir plus. Mes partenaires n’étaient pas très doués.
- — Je vous plains, en toute sincérité.
- — En même temps, je n’ai jamais dit à aucun d’eux ce qui me plaisait, alors, peut-on vraiment leur en vouloir ?
Le maître sourit à cette remarque qu’il sembla apprécier.
- — Donc, dit-il, vous voulez être comme ma soumise.
- — Non, dit-elle immédiatement.
Le maître tiqua et souffla :
- — Non ? Comment cela ?
- — Je… je pense que le sexe est une chose privée qui ne s’expose pas en public. Alors, non, faire ça, ça ne me plairait pas.
Le maître sourit pleinement et murmura, plus pour lui-même que pour Élodie :
- — Je vois.
Il sembla un instant perdu, le regard dans le vide fixant le plafond carrelé des toilettes du restaurant, puis, il sembla revenir à la réalité et ses yeux se fixèrent sur Élodie.
- — À genoux, ordonna-t-il.
La première réaction d’Élodie fut de sourire, tant l’idée lui paraissait ridicule, puis, voyant qu’il ne rigolait pas, elle lança d’un ton très calme :
- — Non.
- — C’est votre vision de la soumission ?
- — C’est votre vision de la domination ? répliqua-t-elle. Désolée, mais je me soumets devant quelqu’un qui le mérite, et non devant le premier venu.
Le maître la transperça des yeux.
- — Vous êtes très fière, très hautaine et très sûre de vous pour une femme désirant être soumise.
- — Je sais ce que je veux, c’est un tort ? Je me protège, ça vous dérange ?
Le maître ne répondit rien. Il lui envoya un regard brûlant en silence, puis, Élodie ne cédant pas, il souffla :
- — Donnez-moi votre sac à main.
Élodie le lui tendit volontiers. Il le fouilla rapidement - il était petit - et en sortit ses papiers qu’il regarda avec attention avec de les remettre en place. Il lui rendit son accessoire puis sortit sans un mot. Élodie avait envie de l’insulter. Il avait vraiment cru qu’elle se soumettrait devant lui ici, dans ces toilettes publiques, après avoir discuté pas plus de dix minutes ? Si c’était le cas, alors non seulement il rêvait, mais en plus, il la décevait énormément. Elle espérait que s’il lui envoyait un maître, il serait plus intelligent que lui. Elle sortit des toilettes pour homme et alla se rafraîchir dans celles réservées aux femmes. Elle rejoignit ensuite ses parents à leur table sans un regard pour le maître qui ne lui accorda aucune attention. Elle ne s’assit pas car ses parents se levèrent à son arrivée. Ils avaient fini leur café et payé l’addition. Ils sortirent donc directement et allèrent faire leur promenade. Élodie fut surprise qu’ils ne lui demandent pas ce qui l’avait retenue mais en fut heureuse. Elle ne tenait pas vraiment à devoir s’expliquer.
oooOOOooo
2 - Volontés et limites
Élodie entendit le téléphone sonner mais elle était devant la télévision. Elle ne bougea donc pas, laissant son frère répondre. Il était venu pour la soirée afin de profiter de sa liaison Internet. Il agissait régulièrement de la sorte et sa présence était donc devenue une routine bien ancrée. Élodie n’entendait presque jamais son téléphone sonner et généralement, il s’agissait de racoleurs. Cela ne la gênait donc pas que ce soit son frère qui décroche.
- — Élodie ! C’est pour toi ! s’exclama Marc.
Élodie regarda l’affichage sur le lecteur de DVD. Il était près de vingt-deux heures. Qui pouvait donc l’appeler à une telle heure ? Les gens n’avaient-ils donc pas de décence ? Elle se leva, énervée de rater la fin du film. Elle arriva dans sa chambre dans laquelle trônaient l’ordinateur et le téléphone.
- — Qui est-ce ? demanda-t-elle en tendant la main pour prendre le combiné.
- — Sais pas, répondit Marc. Un homme.
Élodie prit l’appareil alors que son frère se retournait vers l’écran d’ordinateur.
- — Allo ?
- — Bonsoir, Élodie.
Elle reconnut immédiatement la voix de l’homme du restaurant : douce, sensuelle mais forte et avec une pointe de domination. Cela faisait maintenant trois semaines qu’ils s’étaient parlés et depuis, il n’avait pas donné signe de vie. Élodie sourit puis prit son souffle avant de lancer.
- — Bonsoir.
- — C’est votre petit-ami qui m’a répondu ? demanda-t-il.
- — Non, c’est mon frère. Je n’ai personne en ce moment, comme depuis longtemps, d’ailleurs.
- — Parfait. Votre êtes libre ce soir ?
- — Ce soir ? Mais il est vingt-deux heures !
- — C’est exact. La nuit est à nous !
- — Euh… je ne suis pas très nocturne. En fait, pour être sincère, je dors déjà à moitié.
- — Vous travaillez demain ? demanda-t-il rapidement.
- — Oui, mais je termine à quinze heures.
- — Que faites-vous dans la vie ?
- — Je suis serveuse dans une boulangerie, répondit Élodie. Comme je fais l’ouverture, je peux partir plus tôt.
- — Oh ! Donc, vous vous levez tôt demain ! comprit-il. En ce cas, je vous laisse dormir. Je vous rappellerai demain à quatre heures.
À ces mots, il raccrocha sans lui laisser le temps de répliquer quoi que ce soit. Elle regarda le combiné avec mépris.
- — Encore un racoleur ? demanda Marc, qui pensait sûrement, au vu des réponses de sa sœur, qu’elle venait de répondre à un sondage téléphonique.
- — Oui, mentit-elle, peu désireuse de s’expliquer avec son frère.
Elle reposa le combiné puis retourna dans le salon. Elle éteignit puis retourna dans sa chambre.
- — Marc, je vais bientôt me coucher. Le temps de prendre une douche…
- — OK, je serai parti d’ici là. Bonne nuit, petite sœur.
- — Merci, dit-elle en disparaissant dans la salle de bain.
Toute la journée du lendemain, elle fut ailleurs. Elle pensait à la conversation de la veille. Il avait voulu qu’elle le rejoigne tard le soir. Pourquoi ? Et en rentrant, il l’appellerait. Qu’attendait-il d’elle ? Ses collègues remarquèrent ses absences et la taquinèrent à ce sujet. Elle servit le pain avec son habituel sourire aimable puis rentra chez elle, ravie de pouvoir enfin s’asseoir. Elle travaillait debout toute la journée dans la chaleur des fours et appréciait grandement de pouvoir se reposer en rentrant chez elle. Elle prit immédiatement une douche afin de se débarrasser de l’odeur persistante de farine que les gens aiment tant lorsqu’ils entrent dans une boulangerie mais qui devient vite insupportable lorsqu’on la renifle à longueur de journée. Elle se changea - elle opta pour un petit haut sexy et une jupe - puis s’installa dans son canapé et regarda dehors par la fenêtre. Il faisait beau en ce début d’automne, mais un peu frais. Elle s’était levée à cinq heures ce matin-là et n’avait pas arrêté depuis. Elle s’endormit donc, harassée. Elle fut réveillée par le téléphone. Elle se leva et se rendit compte qu’elle avait un fameux mal de tête. Elle décrocha le combina et souffla :
- — Oui ?
- — On dirait que je vous réveille.
- — En effet, je… je suis navrée mais je…
- — Ne soyez pas désolée, c’est moi qui devrais l’être. Si vous êtes fatiguée, il faut vous reposer. Votre travail n’a pas l’air des plus reposants.
- — Non, en effet, je suis debout toute la journée à porter des pains devant des fours brûlants et à servir des clients devant lesquels je me dois de garder le sourire en toutes circonstances.
- — Ce n’est pas un travail que je me sentirai capable de faire, en toute sincérité.
- — Que faites-vous dans la vie ?
- — Moi ? Je suis cadre. Je bosse dans un bureau à des horaires normaux et quand je rentre après avoir été devant mon ordinateur toute la journée, je suis très en forme.
Élodie rit doucement.
- — En plus, continua-t-il, je gagne plus que vous !
- — Oui, mais moi, je n’ai que mon bac, répliqua Élodie. Difficile d’être cadre dans ces conditions.
- — En effet, répondit-il. Votre travail vous plait-il ?
- — Oh oui ! C’est ce que je voulais faire ! J’ai découvert ce métier lors d’un stage en entreprise et j’ai su que j’étais faite pour ça. Je me plais dans mon emploi.
- — C’est tout ce qui compte et je suis ravi pour vous.
- — Mon emploi vous pose-t-il problème ? demanda Élodie, un peu triste.
- — Non, pas spécialement, c’est juste un point à prendre en considération, mais ce n’est en aucun cas un problème, rassurez-vous.
Élodie sourit et soupira. Elle préférait cela.
- — Seriez-vous suffisamment en forme pour venir discuter en face à face avec moi ? demanda-t-il.
- — Oh ! Oui, bien sûr.
- — Cela vous dirait-il que nous dînions ensemble ? proposa-t-il.
- — Euh… hé bien… oui, pourquoi pas.
- — Parfait. Je viendrai vous chercher à dix-neuf heures. Cela vous laissera le temps de vous reposer. Je promets de vous libérer avant vingt-et-une heures, que vous puissiez dormir.
- — Merci. À dix-neuf heures, donc ?
- — Je serai en bas de votre immeuble, assura-t-il. À ce soir.
- — À ce soir, répondit Élodie.
Il raccrocha et elle fit de même. Elle régla sa montre à dix-huit heures puis se coucha. Elle trouva le sommeil très rapidement et une sonnerie la réveilla. Elle la fit cesser en appuyant sur un bouton puis se leva. Elle se maquilla légèrement, se coiffa et remit en place ses vêtements que la position allongée avait légèrement dérangés. Elle se sentait mieux et son mal de tête avait disparu. Cette sieste lui avait fait beaucoup de bien. En baillant, elle mit ses chaussures puis sortit. Elle était en bas à dix-neuf heures pile et une voiture l’y attendait. Elle s’approcha et il en descendit. Il était vêtu, comme au restaurant, de vêtements simples et classiques. Il lui sourit, lui ouvrit galamment la porte puis la referma à sa suite. Il prit ensuite la place derrière le volant et démarra la voiture.
- — Vous semblez reposée.
- — J’ai dormi, répondit-elle.
- — J’en suis ravi. Vous n’en serez que plus éveillée pour moi.
Élodie sourit. Alors qu’il passait un carrefour, Élodie demanda :
- — Elle n’est pas là ?
- — Qui donc ? Demanda-t-il.
- — Votre soumise, répondit Élodie.
- — Non, je suis seul, désormais.
- — Oh ! J’en suis navrée. Que s’est-il passé ? demanda-t-elle avant de se rendre que la question était plus qu’indiscrète.
- — Elle était jalouse, répondit-il tout de même. J’apprécie que mes soumises le soit un peu, j’en joue même, mais là, c’était vraiment trop. Elle n’a pas supporté que j’aille vous parler et elle m’a fait une scène à la limite de l’acceptable. Le week-end suivant, lors d’un jeu avec des amis, j’ai pris une autre femme - comme d’habitude - et elle a osé m’insulter devant les autres maîtres.
Élodie sourit. Elle comprenait que cela ne lui ait pas plu.
- — Donc, finit-il, elle n’est plus là.
- — Vous l’aimiez ? demanda Élodie.
- — Disons que je l’appréciais. Dire que je l’aimais serait sans doute un peu exagérer la relation qui nous unissait.
Élodie hocha la tête. Ils étaient un maître et sa soumise et rien de plus.
- — Et elle ? Elle vous aimait ?
- — J’en doute, dit-il. Elle ne supportait pas de me voir avec d’autres parce qu’elle aimait me savoir à elle. Elle aimait que je la possède elle et nulle autre mais je doute sincèrement qu’elle m’aimait. Elle n’a pas semblé si gênée que ça de partir.
Élodie ne répondit rien, considérant que cela était inutile. Il y eut un petit moment de silence pendant lequel Élodie regarda les immeubles défiler à côté d’elle.
- — Où m’emmenez-vous ?
- — Dans un petit restaurant sympathique, répondit-il. Rien de magnifique mais c’est juste un endroit que j’apprécie.
Élodie hocha la tête et reprit son observation par la fenêtre. Elle laissa ses pensées dériver et se rendit alors compte d’une chose.
- — Au fait, je ne sais même pas comment vous vous appelez.
- — Gilles, répondit-il. Gilles Pelbon.
Élodie enregistra l’information. Elle allait poser une autre question lorsqu’elle remarqua que Gilles ralentissait et se préparait à se garer. Elle décida de garder ses interrogations pour le restaurant. Après tout, cela ne pressait pas à la minute. Ils sortirent ensemble du véhicule et Gilles lui proposa de la suivre à l’intérieur. Il lui tint la porte mais entra le premier dans la grande salle, comme le voulait la galanterie. Au serveur, il annonça avoir réservé et ils furent menés à leur table. Un peu à l’écart, près de la fenêtre, ils avaient une vue sur la rue tout en ayant un peu d’intimité. Le restaurant avait une décoration simple mais élégante. Le jeune homme qui les avait placés leur proposa la carte puis disparut en cuisine. Élodie regarda rapidement les plats et les prix. C’était tout à fait à sa portée. Un endroit simple et classique. Élodie apprécia. Gilles reposa rapidement le morceau de carton. Probablement un habitué de lieux, il devait savoir quoi prendre. Élodie la reposa un peu plus tard et constata que Gilles le déshabillait des yeux. Elle sourit en rougissant légèrement mais ne fit aucune remarque.
- — Alors comme ça, dit-il, vous voulez un maître, mais un qui mérite ce titre à vos yeux.
- — C’est exactement cela.
- — Et que devrait-il avoir pour vous convenir ? demanda-t-il.
Élodie le transperça des yeux. Il expliqua :
- — Si vous voulez que je vous en trouve un à votre convenance, il vaudrait mieux me le dire.
- — Mais je n’en sais rien, dit Élodie en prenant garde à ne pas trop élever la voix pour ne pas être entendue des autres clients. Je… je ne sais pas, moi. Il faut juste que j’ai confiance.
- — La confiance, ça se gagne.
- — Le respect également, répliqua-t-elle.
- — Donc, ce que vous essayez de me dire, c’est que vous ne saurez qu’après avoir passé du temps avec un homme s’il vous convient en tant que maître.
- — Je… oui, je suppose, dit-elle.
Le serveur arriva et ils annoncèrent leurs commandes respectives avant de reprendre leur conversation dès le départ du jeune homme.
- — Le problème, dit Gilles, c’est que généralement, la relation de maître/soumise commence dès la deuxième ou troisième rencontre. Serez-vous en mesure de savoir aussi vite ?
- — Je n’en sais rien moi ! répliqua Élodie. Comment le pourrais-je puisque je ne l’ai jamais vécu !
- — Bien sûr, dit-il avant de sourire.
- — Quoi ? s’exclama-t-elle.
- — Si je vous proposais d’être ma soumise, que répondriez-vous ?
Élodie fut prise de court par cette question à laquelle elle ne s’attendait pas. Elle n’avait jamais imaginé qu’il lui propose puisqu’il avait déjà une soumise. Même en sachant que ce n’était plus le cas, elle n’aurait pas cru qu’il le ferait, surtout parce qu’elle n’avait pas eu l’impression de lui plaire.
- — Je répondrai, finit-elle par dire, que pour le moment, c’est plutôt mal parti.
- — Qu’ai-je fait pour vous déplaire ? demanda-t-il avec calme et patience.
- — Voyons, je ne sais pas moi, vouloir me soumettre dès notre première rencontre comme si j’étais la dernière des putains, par exemple.
- — Voyons, Élodie, si vous aviez accepté, je serai parti sans attendre. C’était votre refus que j’attendais.
Elle en fut réellement surprise. Elle comprit qu’il l’avait testée et n’était pas sûre de préférer cela à la première solution.
- — Oh ! Euh… vraiment. En ce cas, je… euh…
Elle n’avait aucune idée de ce qu’elle était censée répondre et se trouva totalement idiote. Il n’avait jamais cherché à l’humilier mais au contraire, il l’avait testée. Elle se demanda vraiment ce qu’elle pourrait répondre à cela.
- — Je dirai, annonça-t-elle après un moment de réflexion dont il ne la priva pas, que c’est un peu trop tôt pour répondre mais qu’à priori, je ne serai pas opposée à cette idée.
Gilles sourit, visiblement ravi de cette réponse.
- — Je ne comptais pas vous demander de vous agenouiller maintenant, rassurez-vous.
- — Tant mieux, parce que même si j’étais votre soumise, j’aurai refusé.
- — Parce que le sexe fait partie du domaine du privé, j’avais saisi, dit-il.
- — En fait, ce n’est pas tellement ça qui me gène.
- — Ah ! Qu’est-ce que c’est alors ? demanda Gilles.
- — Hé bien, en fait… c’est un peu compliqué mais… voilà, je vois la soumission comme un acte sexuel et comme rien d’autre. Or, à mon sens, un déjeuner n’en fait pas partie. Donc, je refuse cette situation. Par exemple, dans certains écrits que j’ai pu lire, il était proposé une situation où la soumise était censée, je ne sais pas moi, préparer le dîner et nettoyer l’appartement. Avec cela, je ne suis pas d’accord. La soumission est seulement sexuelle. Je ne suis pas d’accord pour devenir la bonne de quiconque !
- — Je vois. Si je comprends bien, vous ne vous imaginez pas une soumission perpétuelle, c’est-à-dire qui durerait toute la journée.
- — Oh, à priori, je ne suis pas contre l’idée que ça puisse durer un week-end, annonça-t-elle, mais alors il faut que ça soit un temps court décidé ainsi. Il ne faudrait pas que cela dure tout le temps. Et puis, même dans le cadre d’un week-end ou d’une journée complète, je n’accepterai pas d’être une esclave. Oui, je crois que c’est ça. Je veux être une soumise sexuelle, pas un esclave.
Gilles hocha la tête. Il sentait la jeune femme se détendre au fur et à mesure que le temps passait. Elle parlait plus librement de ce qu’elle souhaitait ou non. De ses limites, certaines qu’il sentait franchissable, et d’autres non. Il sentait qu’il pourrait la pousser plus loin qu’elle ne le pensait. Elle ferait une excellente soumise et serait un véritable défi pour lui, ce qui n’était pas pour lui déplaire.
- — En même temps, nuança Élodie, si mon maître me demande, par exemple, de lui porter son petit déjeuner au lit dans le cadre d’un week-end de jeu, je ne crois pas que je m’y opposerai, à la condition que le reste du temps, il fasse la même chose pour moi. Vous voyez, j’ai beaucoup apprécié votre galanterie.
Gilles sourit puis réfléchit avant d’annoncer :
- — Si j’ai bien compris les sous-entendus dans vos dires, souffla Gilles, vous ne rejetez pas la possibilité de vivre avec votre maître, mais à la condition que celui-ci n’exerce son autorité que dans vos jeux sexuels et non à longueur de journée.
- — C’est exactement cela. En même temps, pour vivre avec mon maître, il faudrait que je l’apprécie également en temps que personne, et ça, ce n’est pas certain. Beaucoup de gens vivent avec une personne pour la « routine » et ont un amant pour le sexe. C’est finalement assez banal. Voir les deux réunis dans une même personne est possible mais me semble plus tenir du miracle.
- — Je ne crois pas que ça soit aussi rare que ça, mais j’admets que ça n’est pas évident, répondit Gilles.
- — Et vous ? demanda-t-elle. Qu’est-ce qui vous plait ?
- — Vous le découvrirez en temps et en heure. C’est important que je sache ce qui vous plait ou non, l’inverse est moins grave. Ce que j’aime, c’est surtout que ma soumise m’obéisse, quelque soit mes ordres, car je fais toujours mon possible pour lui plaire et la pousser au-delà de ses limites pour son propre plaisir… et le mien, cela va sans dire. En même temps, j’apprécie lorsqu’elle me dit clairement ce qui ne lui convient pas ou au contraire lui plait énormément.
- — Je vois, dit Élodie. Je suis d’un naturel plutôt timide et pudique. Je risque de ne pas être très…
- — Il va falloir, dit-il, mais pas d’inquiétude. Déjà, je trouve que vous êtes très relaxée par rapport au début du repas. Vous commencez à me parler avec franchise et facilité. Cela ira en s’améliorant. N’aillez crainte, je sais m’y prendre.
Élodie sourit. Elle se sentait rassurée. Elle réfléchit alors à ce qu’il venait de dire et souffla :
- — Votre phrase laisse sous-entendre que vous me considérez déjà comme votre soumise. N’allez-vous pas un peu vite ? Mon avis ne devrait-il pas être requis ?
- — Je ne vous considère pas comme ma soumise, car mes soumises, je les tutoie, annonça Gilles en souriant.
- — Ça ne semble pas être une chose que l’on peut changer…
- — Ça vous dérange ?
- — Pas du tout, non, répondit Élodie.
- — Tant mieux, parce que c’est une chose sur laquelle je ne pourrai pas faire la moindre concession. Je tutoie mes soumises, et elles me vouvoient. C’est ainsi, et pas autrement.
- — Pas de problème, souffla Élodie.
Il y eut alors un petit silence. Élodie regarda un bus s’arrêter sur le trottoir d’en face et y déverser quelques passagers avant de reprendre sa route.
- — Au fait, dit-elle en se tournant vers Gilles, j’avais déjà envie de vous poser cette question dans la voiture et j’ai failli oublier.
- — Je vous écoute.
- — Serait-ce indiscret de vous demander votre âge ?
- — Pas le moins du monde. J’ai trente-cinq ans. Et vous ?
- — Vingt-quatre, annonça Élodie.
- — Vingt-quatre ans et seulement trois relations sans plaisir. Oui, vraiment, vous n’avez pas eu de chance.
Élodie haussa les épaules.
- — Avec moi, ça changera, je vous le promets.
- — J’ai l’impression que vous essayez de vous vendre, dit-elle en souriant.
- — C’est exactement le cas. Je suis totalement prêt à vous prendre pour soumise. Je n’attends que votre accord. Mais je vous en prie, prenez le temps qu’il faut. Je ne voudrais surtout pas que vous regrettiez votre choix.
Élodie hocha la tête et apprécia qu’il la laisse ainsi libre.
- — Parlez-moi de votre travail, proposa alors Gilles.
Élodie fut bavarde. Elle aimait parler de son emploi qui lui plaisait énormément. La conversation fut intéressante mais Gilles y mit un terme.
- — Élodie, désolé d’interrompre cette soirée que je trouve charmante, mais j’ai promis de vous ramener chez vous pour vingt-et-une heures, et ce moment est arrivé.
Il la raccompagna comme prévu et se séparèrent en toute cordialité sur le trottoir. Lorsqu’elle rentra chez elle, Élodie se dit qu’elle appréciait décidément beaucoup ce beau brun.
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3 - Virginités
Ils se revirent trois fois pour de simples discussions. Deux dîners puis un déjeuner, un mercredi de repos d’Élodie mais de travail pour Gilles qui dut abréger la conversation pour retourner regarder son écran d’ordinateur au bureau. Élodie passa l’après-midi à se demander ce qu’elle voulait. Elle commençait à vraiment apprécier les moments passés avec Gilles. Il était très aimable et toujours très attentif. Il connaissait déjà les couleurs qu’elle aimait porter, ses préférences en matière de nourriture et de voiture, ses passe-temps favoris et bien d’autres choses encore. En plus de tout cela, il était galant, charmant et ses conversations étaient intéressantes. Il ne parlait jamais pour ne rien dire, avouait facilement son ignorance dans certains sujets et bien que d’avis politiques opposés aux siens, il argumentait avec calme et patience, sans jamais s’énerver, même lorsque leurs opinions différaient radicalement. Élodie passa l’après-midi à se poser des questions, à réfléchir, à se demander si elle pourrait l’accepter en tant que maître. Sa première mauvaise impression avait maintenant disparu. Il lui semblait à même de pouvoir tenir ce rôle, de le mériter.
En fait, elle pensait de moins en moins être capable de faire une bonne soumise. Il lui semblait qu’elle n’était pas du tout à la hauteur de cet homme merveilleux qu’elle venait de rencontrer. Elle s’étonnait encore qu’il ait pu accepter de venir lui parler, ce jour-là, dans les toilettes de ce restaurant. Pourquoi l’avait-il fait ? Elle ne se l’expliquait pas. Elle n’avait rien fait pour le mériter et craignait par-dessus tout de le décevoir. Elle tourna en rond dans son appartement toute l’après-midi et finalement, décrocha son téléphone et composa le numéro de Gilles au travail.
- — Oui ?
- — Excusez-moi de vous déranger jusqu’à votre bureau…
- — Oh ! Élodie ! Vous ne me dérangez en aucune manière. Que puis-je pour vous ?
- — Pourrions-nous voir ce soir ? Chez vous, par exemple, même si j’ignore où cela se trouve.
Il lui donna son adresse. C’était plutôt loin. À au moins une heure de voiture de chez elle.
- — Je viendrai vous prendre, commença-t-il.
- — Non, c’est inutile. Je viendrai en voiture. Mon GPS me guidera. Ça serait bête que vous veniez. Vous travaillez de l’autre côté de la ville. Non, à quelle heure puis-je venir ? Vingt heures ?
- — Vous désirez dîner avec moi ?
- — Euh… non, en fait, non. Juste parler.
- — D’accord, vingt heures, ça me va. Vous travaillez demain ?
- — Oui, mais je ne fais pas l’ouverture. Je commence à dix heures.
- — Parfait, nous pourrons donc parler un peu plus longtemps.
- — En effet, je pense qu’il me faudra partir au maximum un peu avant minuit.
- — Ça me convient parfaitement. Je dois vous laisser, mon patron arrive. À ce soir, Élodie.
- — À ce soir.
Elle raccrocha. Ça y était, les dés étaient jetés. Dans moins de quatre heures, elle allait devoir lui annoncer ce qu’elle avait décidé. Elle espéra surtout avoir fait le bon choix. S’attendait-il à ce qu’elle lui parle ? Probablement. Elle se prépara mentalement tout le temps qui lui resta et à dix-neuf heures, après avoir avalé un rapide et frugal repas, elle monta en voiture et suivit les indications du GPS.
Elle arriva à l’heure sans encombre devant l’immeuble où vivait Gilles. Elle chercha son nom sur les boîtes aux lettres puis sonna à l’appartement indiqué. La porte de l’immeuble s’ouvrit et elle entra. Elle monta les deux étages pour le voir l’attendre sur le palier. Il arborait un grand sourire. D’un geste, il lui proposa d’entrer. Elle retira ses chaussures à sa demande avant d’entrer plus en avant et découvrit un appartement de taille modeste mais bien pensé et en ordre sans être rangé à la perfection. L’endroit était aussi classique en apparence que son propriétaire. Il lui désigna le canapé et elle s’y installa. Il disparut dans la cuisine pour revenir avec une bouteille de jus de fruits pour elle et une boisson légèrement alcoolisée pour lui. Il savait qu’elle n’appréciait pas énormément l’alcool et Élodie fut donc ravie du rafraîchissement proposé.
Ils commencèrent par bavarder de choses et d’autres, de leur travail, de leurs voisins, de leurs collègues, de leurs amis et de leurs familles respectives. La soirée était déjà bien avancée lorsque, les sujets venant à manquer, le silence se fit. Élodie décida qu’il était temps qu’elle se lance, d’autant qu’elle était totalement en confiance.
- — Vous savez, j’apprécie beaucoup ces moments passés avec vous.
- — Moi aussi, Élodie, lui assura-t-il en retour.
- — Vraiment, c’est très agréable. Je ne crois pas avoir déjà été aussi bien avec quelqu’un. En fait, j’ai peur de gâcher tout cela.
- — Que voulez-vous dire ? demanda-t-il, un peu surpris par cette déclaration.
- — J’ai envie d’être votre soumise mais j’ai peur que cela ne change notre relation.
À ces mots, les yeux de Gilles brillèrent et un sourire complet envahit son visage. Il prit les mains d’Élodie avec douceur et souffla :
- — Élodie, j’ai très bien compris vos revendications et vos volontés. Je saurai faire la part des choses. Vous ne serez ma soumise que lors de jeux et de moments bien définis à l’avance. Le reste du temps, pourquoi notre relation serait-elle différente ? Enfin, je veux dire, je crois qu’elle sera forcément différente mais à mon avis, elle n’en sera que plus profonde et plus intense.
Élodie fit la moue. Elle était terrorisée à l’idée de le perdre, que ce choix ne les éloigne l’un de l’autre. Elle avait passé des moments tellement agréables en sa compagnie.
- — Je… j’ai peur que…
- — Tout se passera bien. Faites-moi confiance.
Élodie serra les mains de Gilles qui accepta la pression avec joie.
- — Je… d’accord, je serai votre soumise. Enfin, je veux dire, s’il vous plait, acceptez d’être mon maître.
- — Volontiers, Élodie, ça sera avec joie que je serai ton maître, annonça Gilles en passant du vouvoiement au tutoiement. Maintenant, Élodie, si tu le veux bien, en dehors de nos jeux, j’aimerai que tu me tutoies et que tu m’appelles par mon prénom. Lors des moments sexuels, vouvoie-moi et appelle-moi maître. Cela n’en délimitera que plus clairement nos relations.
- — D’accord Gilles.
Le maître sourit puis souffla :
- — Je pense qu’on peut faire preuve de tendresse sans aller forcément jusqu’au sexe. J’aimerai simplement finir cette soirée avec toi, et non avec ma soumise. Tu veux bien ?
- — Oui, bien sûr.
Il s’approcha alors d’elle, affichant clairement son désir de l’embrasser mais ne faisant pas tout le trajet nécessaire, obligeant ainsi Élodie à agir. Elle s’exécuta avec plaisir et le baiser dura. Élodie n’avait jamais été aussi bien embrassée. Ce fut un véritable plaisir, d’autant que Gilles s’amusait à poser ses mains sur son corps au moment où elle s’y attendait le moins. Elle fermait les yeux, si bien qu’elle ne voyait pas venir la caresse sur son bras, son épaule, sa nuque ou ses hanches, et il faisait en sorte qu’elles soient imprévisibles. Lorsqu’il s’éloigna enfin, Élodie était aux anges.
- — J’adore ta façon d’embrasser, souffla Gilles.
- — Vraiment ? s’étonna Élodie, à qui personne n’avait jamais fait cette remarque.
- — Oui, vraiment, je ne le dirai pas si je ne le pensais pas, répondit Gilles avec assurance.
- — Hé bien, j’adore aussi ta façon d’embrasser.
- — Tu m’en vois ravi, annonça-t-il.
Il prit son temps afin de graver cet instant dans sa mémoire, le visage souriant d’Élodie, sa nouvelle soumise, puis lança :
- — Il est tard. Tu devrais rentrer. On se voit samedi soir ? Tu viens dîner chez moi ?
- — D’accord, dit Élodie.
- — Tu sembles déçue. Tu t’étais attendue à plus ce soir ?
- — En toute sincérité, oui, mais en fait, j’apprécie que ça ne soit pas le cas.
- — Tant mieux, dit-il. Allez, rentre bien et repose-toi.
- — Toi aussi, Gilles.
Ils s’embrassèrent rapidement puis se quittèrent. Ils étaient ravis, l’un comme l’autre.
Les jours qui suivirent, Élodie se languit de son maître. Elle n’avait qu’une envie : le voir, lui parler, le toucher, l’embrasser à nouveau. Elle avait été excitée par ce simple baiser et en désirait plus, beaucoup plus. Il l’avait laissée sur sa faim, probablement de manière volontaire. Il cherchait sûrement à l’exciter par cette attente et si c’était le cas, alors c’était une totale réussite. Samedi, elle rentra du travail à dix-neuf heures. Elle se lava et se changea avant de se rendre chez Gilles. Elle ôta ses chaussures et le rejoignit dans la cuisine où la table était mise pour deux personnes et de laquelle s’échappait une odeur des plus agréables. Élodie proposa son aide mais Gilles refusa poliment, lui ordonnant de s’asseoir et de ne pas bouger sur un ton moqueur. Elle obéit volontiers. Gilles lui proposa de lui raconter sa journée - ce qu’elle fit - pendant qu’il finalisait le repas. Puis, il posa les plats sur la table et servit. Le dîner fut agréable, comme toutes leurs rencontres jusque là. Gilles proposa ensuite de se rendre au salon. Ils s’assirent dans le canapé. Gilles tamisa légèrement la lumière puis annonça :
- — Élodie, je vais maintenant devoir te poser des questions plus… intimes. Cela va m’aider. Essaye de me répondre avec la plus grande sincérité possible. Tu as confiance en moi. Tu sais qu’en aucun cas je ne vais me moquer ou te juger.
Élodie hocha la tête.
- — Bien, j’ai besoin de savoir ce que tu aimes, ou au contraire détestes, en matière sexuelle.
- — Je n’ai pas énormément d’expérience.
- — C’est justement pour ça que je dois te poser des questions. Je dois savoir ce que tu connais ou ignores, ce que tu aimes ou détestes. Tu veux bien ?
- — Oui, bien sûr.
- — Bien. Tu m’as déjà dit avoir lu et vu des scènes érotiques. Donc, je pense que tu pourras répondre à la question : Qu’est-ce que tu n’as jamais fait avec tes précédents amants ?
- — Je pourrai y répondre, en effet, dit Élodie, mais je crois sincèrement que ça serait plus rapide de te dire ce que j’ai fait.
Gille sourit puis souffla :
- — D’accord, comme tu veux. Vas-y. Au fait, ça te dérange si je prends des notes ?
- — Du moment que tu ne les publies pas sur Internet, non.
Gilles embrassa rapidement Élodie en souriant avant de lui proposer d’un geste de répondre à la question.
- — Alors, voyons, par quoi commencer. Euh… je vais les dire comme ils viennent, sans ordre.
- — Fais.
- — On m’a déjà fait un cunnilingus.
- — Tu as aimé ? demanda Gilles.
- — La première fois, j’ai détesté. La seconde n’a simplement pas été désagréable. Mais je n’ai jamais réellement aimé ça. En même temps, je ne crois pas être tombée sur des amants de rêve.
Gilles sourit mais se garda bien de formuler un quelconque commentaire.
- — Continue.
- — On m’a déjà masturbée.
- — Tu as aimé ? répéta-t-il.
- — Comme le cunni, je n’ai juste pas détesté.
Gilles hocha la tête, griffonna son bloc-notes et proposa à Élodie de continuer.
- — Ah oui, se rappela-t-elle, on m’a déjà sucé et mordillé les seins et j’ai détesté. Je crois que je suis trop sensible pour ça.
Gilles hocha gravement la tête et nota le renseignement avec attention.
- — Voyons, que dire d’autres… ah oui, j’ai déjà masturbé des hommes de mes mains et l’un d’eux a failli jouir mais il s’est retenu pour ne pas salir.
- — Dommage pour lui…
- — Je suis bien d’accord. Je lui avais dit que ça n’était pas grave mais il y a vraiment tenu. Enfin bref, j’aime beaucoup ça. J’aime aussi beaucoup caresser les fesses d’un homme.
Gilles écrivit cela en gardant un visage neutre et grave.
- — Continue, demanda-t-il alors.
- — Je n’ai rien d’autre à dire, annonça Élodie.
- — Tu as oublié l’acte sexuel en lui-même, annonça Gilles.
- — Tu m’as demandé ce que j’avais fait avec un homme, et je t’ai fais la liste. Je n’ai rien oublié.
Gilles releva les yeux sur elle mais dans son regard, elle ne lut aucune moquerie. Il semblait la plaindre. Il pinça les lèvres, hocha doucement la tête et nota l’information.
- — Rien d’anal ni de buccal de ta part ? demanda Gilles, comme pour bien s’assurer qu’elle n’avait rien oublié, même involontairement.
- — Non, non, rien d’autre, vraiment. Tu sembles… je ne sais pas, bizarre. Ça te dérange ?
- — Je n’en sais rien. Ça ne m’était jamais arrivé. Je crois… que ça va être un vrai plaisir de te faire découvrir tout cela moi-même.
La remarque arracha un sourire à Élodie.
- — Bien, et maintenant, tu m’as également annoncé te masturber. Ou bien ai-je mal compris ?
- — Non, non, je pratique bien le plaisir solitaire, assura Élodie.
- — Tu utilises tes mains ou des objets ?
- — Les deux, au gré de mes envies, répondit Élodie.
- — Quels objets ? demanda-t-il.
- — Vibromasseur, œuf vibrant et god. En dehors de cela, j’ai des boules de geisha.
- — Tu en portes souvent ? demanda Gilles d’un regard intéressé.
- — Oui, assez, j’aime bien les sentir dans mon ventre.
- — Tu en portes en ce moment ?
- — Non, mais j’en ai porté toute la journée, répondit Élodie en souriant sous le regard brûlant de Gilles.
- — Pourquoi les avoir ôtés ?
- — Pour me sentir plus à l’aise et je crois avoir bien fait.
- — Et moi je pense le contraire, répondit Gilles en notant quelque chose. Les autres objets, tu aimes ?
- — Oui, je m’en sers régulièrement.
- — Donc, si j’ai bien suivi, tu n’as jamais senti qu’un sexe factice entrer en toi, et tu as apprécié ?
- — En effet, dit Élodie.
Elle se sentait remarquablement bien malgré le sujet de la conversation. Elle d’un naturel si réservé se confiait ouvertement à un homme sur des choses aussi intimes. Elle avait du mal à le croire et pourtant, c’était bien elle qui discutait en souriant et avec calme. Gilles notait tout consciencieusement. Parfois, il n’écrivait qu’un seul mot et à d’autres moments plusieurs lignes d’affilée qu’il griffonnait à toute vitesse.
- — Bien, maintenant, y a-t-il des choses que tu n’as jamais vécues mais que tu aimerais beaucoup vivre ?
- — À part une relation de dominant à soumise ?
Gilles sourit à cette réponse et lui envoya un regard coquin.
- — Je dirai que j’adorerai être attachée et avoir les yeux bandés. Cependant, je n’aime pas le bondage. Je veux dire, j’ai vu des vidéos où les filles sont complètement ligotées, et ça ne m’attire pas. J’aimerai être juste attachée, simplement.
- — Je vois, dit Gilles qui n’avait pu retenir un petit sourire. Oui, murmura-t-il, je sens que je vais adorer te faire découvrir ce monde.
Élodie en rougit jusqu’aux oreilles. Elle avait l’impression d’être une tomate mûre prête à être cueillie. Elle ne put réfréner un sourire et un petit rire nerveux. Gilles fit mine de reprendre son calme et ce faisant, il changea de position et Élodie remarqua alors que son pantalon était déformé. Cela l’acheva et elle partit dans un fou rire incontrôlable. Lorsque, après plusieurs minutes, un violent mal de ventre l’empêcha de continuer à rire, elle souffla :
- — Désolé, c’était nerveux.
- — Pas de problème, je préfère t’entendre rire que pleurer, Élodie. Puisses-tu rire souvent en ma présence.
Élodie sentit un pincement au cœur à ces mots qui la transpercèrent tant ils suintaient de sincérité.
- — Tu as d’autres questions à me poser ? demanda Élodie.
- — Que penses-tu du SM ?
- — Je ne crois pas que ça soit mon truc. Je n’apprécie pas spécialement de souffrir et je ne crois pas y ressentir le moindre plaisir. Maintenant, je ne suis pas contre d’essayer. Qui ne tente rien n’a rien.
Gilles hocha la tête et nota un mot sur son petit carnet. Puis, il le referma et lança :
- — Pour le reste, on verra sur le moment. Maintenant, il est tard. Tu devrais rentrer. Avec ça, dit-il en montrant le carnet, je vais pouvoir préparer notre prochaine rencontre. Que dirais-tu qu’on déjeune ensemble mardi, ton prochain jour de repos, puis qu’on vienne chez moi pour une première séance douce ? Ce sera juste histoire de nous lancer. N’aie pas peur, je serai lent et je saurai prendre mon temps. Demain, je ne serai pas disponible. Je vais à un mariage dans ma famille. Je prendrai un jour de repos mardi, j’en ai quelques uns en retard.
- — D’accord pour mardi, répondit-elle.
- — Parfait.
- — À mardi donc, fais attention sur la route.
Ils se séparèrent d’un baiser tendre et doux. Élodie était nerveuse. Elle passa les jours qui suivirent à se demander ce qui l’attendait. Elle craignait de plus en plus de ne pas être à la hauteur, cependant, après cette discussion intime, elle était plus rassurée. Maintenant, il savait à quoi s’attendre avec elle. Il ne pouvait plus l’accuser d’avoir triché ou menti. Il savait ce qu’elle avait fait et surtout, pas fait.

